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Le groupe Sanofi abuserait des contrats précaires : deux sites épinglés en Normandie

5 janvier 2017

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Lundi 2 janvier 2016, un tract émanant de la CGT de Sanofi dénonçait l’utilisation abusive de main d’œuvre précaire, notamment à Val-de-Reuil (Eure) et au Trait (Seine-Maritime).

Mise à jour : 03/01/2017 à 18:53 par Murielle Bouchard

 
Le syndicat CGT a dénoncé l'utilisation abusive d'emplois précaires au sein du groupe Sanofi, lundi 2 janvier 2017 dans un tract (©photo Le Pays d'Auge).

Le syndicat CGT a dénoncé l’utilisation abusive d’emplois précaires au sein du groupe Sanofi, lundi 2 janvier 2017 dans un tract (©photo Le Pays d’Auge).

Sur les quatre sites du groupe Sanofi en Normandie, deux sont épinglés par la CGT qui a dénoncé, lundi 2 janvier 2017, dans un tract, « l’utilisation abusive de main d’œuvre précaire» : Le Trait (Seine-Maritime) et Val-de-Reuil (Eure).

Patrick Rojo, délégué syndical CGT soutient que la situation se dégrade depuis le rapprochement entre Sanofi et Aventis en 2004.

Cette fusion a impliqué le fait que quasiment 5 000 emplois ont sauté chez Sanofi avec des conditions de travail qui sont de pire en pire.

Trop d’emplois précaires sur le site du Trait ?

Conséquence selon le syndicat : « 4 000 personnes font l’objet d’un emploi précaire. Plus de 2 000 sont en surcroît de travail permanent, c’est inacceptable, intolérable ».

> LIRE AUSSI : Des emplois supprimés chez Sanofi en Seine-Maritime et dans le Calvados

Le syndicat CGT dénonce un taux d’emplois précaires global de 18% « alors même que sa santé financière n’est plus à démontrer. C’est en Seine-Maritime, sur le site du Trait, que la proportion est la plus importante ».

Sur ce site on totalise 379 contrats précaires (hors CDD de formation) pour 853 CDI, soit environ 30% des effectifs en contrats temporaires.

45 salariés du Val-de-Reuil obtiennent gain de cause

Patrick Rojo constate d’ailleurs que les prud’hommes ont donné raison au syndicat :

« 130 salariés ont obtenu  gain de cause auprès des prud’hommes depuis 2014. 50 salariés ont obtenu la requalification de leur contrat en CDI  et 80 ont reçu un total de 3,5 millions d’euros d’indemnités pour utilisation illégale ou abusive de main d’œuvre précaire, le dernier jugement date du 16 décembre 2016. »

Et sur ces 50 salariés, 45 sont sur le site de Val-de-Reuil, dans l’Eure.

Patrick Rojo insiste : « Il y a d’autres demandes en cours, je ne vous préciserais pas combien mais évidemment, les salariés concernés par ces emplois précaires voyant que les prud’hommes reconnaissent l’illégalité de la situation n’hésitent plus, en fin de contrat, à venir vers nous pour obtenir leurs droits ».

> LIRE AUSSI : Sanofi en Seine-Maritime : le site pourrait être menacé

Sanofi a recruté 2 000 salariés en CDI

Interrogée sur ce tract par Normandie-Actu, la direction a répondu.

Le volume de contrats temporaires, incluant intérimaires et contrats à durée déterminée (CDD), chez Sanofi en France est resté stable, autour de 11%, ces dernières années sur un effectif total de 27 000 emplois.

Des contrats temporaires liés selon la direction « à un surcroît d’activité inhérent à notre métier (pics épidémiologiques notamment, comme la grippe saisonnière). »

1 400 jeunes en contrat d’apprentissage

La direction de Sanofi n’a pas souhaité commenter la situation des deux sites en Normandie et a préféré insister sur le nombre de jeunes en contrat d’apprentissage.

« Nous avons en permanence près de 1 400 jeunes en contrat d’apprentissage et, sur les deux dernières années, Sanofi a recruté 2 000 salariés en contrat à durée indéterminée (CDI), ce qui est supérieur aux engagements pris en 2013 dans le cadre du contrat de génération (500 contrats à durée indéterminée avaient été fixés à l’origine). »

Des embauches à venir

Enfin, la direction soutient que des embauches de personnes en contrats temporaires auront bien lieu : « Il a été annoncé à nos partenaires sociaux, lors des réunions des Négociations Annuelles Obligatoires, que Sanofi embaucherait en CDI, en France, en 2017, de 480 à 550 personnes aujourd’hui en contrat temporaire ».

Ces embauches seront effectuées au sein des activités industrielles.

Sanofi en Normandie : quatre sites industriels

Le Trait : site spécialisé dans le stérile et l’injectable, répond aux standards qualité les plus exigeants. Le site accueille également un centre de développement pour l’industrialisation de nouveaux produits issus notamment de la biotechnologie.
Lisieux : site dédié à la fabrication et au conditionnement de médicaments à base de paracétamol sous forme de comprimés, gélules, sachets et suppositoires. 97% de sa production est destinée à la France.
Saint-Aubin-Lès-Elbeuf : site de biochimie, spécialisé dans la fermentation grand volume et la fabrication de matières actives pharmaceutiques notamment pour la vitamine B12 et des antibiotiques.
Val-de-Reuil : produit et distribue sept des 20 vaccins de la gamme Sanofi Pasteur à travers le monde. Le site est leader pour le vaccin contre la grippe et la fièvre jaune.
Source Sanofi.

Sanofi abuse-t-il des contrats précaires ?

3 janvier 2017

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Sanofi abuse-t-il des contrats précaires ?

 Par latribune.fr  |  03/01/2017, 8:46  |  383  mots
Selon la CGT, le site de Le Trait (Seine-Maritime) serait le plus touché avec 379 contrats précaires (hors CDD de formation) pour 853 CDI, soit environ 30% des effectifs en contrats temporaires.
Selon la CGT, le site de Le Trait (Seine-Maritime) serait le plus touché avec 379 contrats précaires (hors CDD de formation) pour 853 CDI, soit environ 30% des effectifs en contrats temporaires. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Selon la CGT, le taux de précaire se situe aux alentours de 18% dans l’entreprise. Faux, répond Sanofi, qui parle de 11% de CDD et d’intérims sur 27.000 emplois.

La CGT du groupe pharmaceutique Sanofi a dénoncé lundi « l’utilisation abusive de mains d’œuvres précaires », avançant le chiffre de 130 salariés ayant obtenu gain de cause auprès des prud’hommes depuis 2014. Selon la CGT, 50 salariés ont obtenu la requalification de leur contrat en CDI (dont 45 sur le site du Val-de-Reuil, dans l’Eure) et 80 ont reçu un total de 3,5 millions d’euros d’indemnités.

Lors du dernier procès, le 16 décembre dernier, 15 anciens salariés ont obtenu chacun en moyenne 80.000 euros d’indemnités, a déclaré le syndicat à l’AFP. Selon la CGT, le nombre de CDD et d’intérimaires a fortement augmenté entre 2007 et 2016, passant d’environ 2.500 personnes à 4.000. Le syndicat estime que le taux de précaires se situe à 18%, « alors même que la santé financière (du groupe) n’est plus à démontrer ».

Sanofi fait valoir ses contrats d’apprentissage

Interrogée par l’AFP, la direction a de son côté indiqué que  »le volume de contrats temporaires, incluant intérimaires et contrats à durée déterminée (CDD), chez Sanofi en France est resté stable autour de 11% ces dernières années, sur un effectif total de 27.000 emplois ».

« La plupart de ces contrats temporaires vise à faire face à un surcroît d’activités inhérent à notre métier (pics épidémiologiques comme grippe saisonnière) », a-t-elle ajouté. « En complément, nous avons en permanence près de 1.400 jeunes en contrat d’apprentissage. »

Sanofi fait valoir qu’il a  »sur les deux dernières années, recruté 2.000 salariés en contrat à durée indéterminée (CDI), ce qui est supérieur aux engagements pris en 2013 dans le cadre du contrat de génération (500 contrats à durée indéterminée avaient été fixés à l’origine) ».

30% de précaire en Seine-Maritime ?

Selon la CGT, le site de Le Trait (Seine-Maritime) serait le plus touché avec 379 contrats précaires (hors CDD de formation) pour 853 CDI, soit environ 30% des effectifs en contrats temporaires. Une précarisation des effectifs « intolérable » qui, pour la CGT, est « préjudiciable » à la qualité de la production.

« Nous sommes sur une situation socialement pas acceptable, mais qui économiquement et d’un point de vue sanitaire n’est pas bonne non plus », a déclaré à l’AFP Thierry Bodin, coordinateur CGT à Sanofi, évoquant des problèmes de formations et un turnover important.

(Avec AFP)

Merial quitte officiellement le périmètre de Sanofi

2 janvier 2017

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Merial quitte officiellement le périmètre de Sanofi

Publié le 02/01/2017 à 07h21

(Boursier.com) — Sanofi et Boehringer Ingelheim ont finalisé au 1er janvier 2017 la majeure partie de l’échange d’actifs annoncé en décembre 2015. Globalement, le français apporte à l’allemand sa division de santé animale, Merial, en échange de son activité santé grand public. La clôture de l’acquisition de Merial au Mexique et l’échange de Merial avec l’activité santé grand public BI en Inde ont été retardés et devraient être finalisés au début de 2017.

Au cours des derniers mois, Sanofi et Boehringer Ingelheim ont diligemment préparé leurs activités et leurs collaborateurs afin d’assurer un transfert homogène dès la prise d’effet de l’échange. Dans l’intérêt des clients et afin d’assurer la continuité des activités, la priorité des deux sociétés est une intégration en douceur des deux organisations, commente Sanofi, qui a confié la nouvelle division à Alan Main, vice-président exécutif de la division Santé Grand Public et membre du Comité Exécutif.

Lors de la signature de l’accord final en juin 2016, l’activité Santé Grand Public de Boehringer Ingelheim (hors Chine) était valorisée à 6,7 milliards d’euros et Merial à 11,4 MdsE, en conséquence de quoi l’allemand devait verser à Sanofi une soulte brute de 4,7 MdsE, correspondant à l’écart de valorisation entre les deux activités. Le groupe dirigé par Olivier Brandicourt attendait un effet neutre sur le bénéfice net par action des activités en 2017, puis un effet relutif par la suite.

Boehringer Ingelheim dispose de produits grand public comme l’antispasmodique Buscopan, le laxatif Dulcolax ainsi que les marques Pharmaton, Mucosolvan, Bisolvon et Mucoangin / Lysopaïne. Chez Sanofi Santé Grand Public, on ne présente plus le Doliprane ni le Maalox, mais le portefeuille recèle plusieurs autres marques affichant des ventes à trois chiffres comme Allegra, Nasacort, No-Spa ou Essentiale et Lactacyd.

Anthony Bondain — ©2017, Boursier.co

La fin de Sanofi Pasteur MSD est officielle

2 janvier 2017

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La fin de Sanofi Pasteur MSD est officielle

Publié le 02/01/2017 à 08h11

(Boursier.com) — Sanofi et Merck ont mis fin, comme prévu, à leur alliance dans les vaccins en Europe. La séparation entre Pasteur et MSD est effective depuis le 1er janvier 2017. Le projet avait été révélé en mars 2016. Sanofi Pasteur MSD avait été créée en 1994. Le laboratoire français garde pour objectif de maintenir son leadership dans les vaccins, l’un des piliers de sa stratégie. Les deux ex-partenaires ont cherché ces derniers mois à assurer une séparation en douceur. Ils n’ont pas, à ce stade, communiqué d’éléments financiers sur les conséquences de l’opération.

 

Sanofi pourrait se séparer de Cepia

21 décembre 2016

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Sanofi pourrait se séparer de Cepia

Publié le 20/12/2016 à 12h34

<b>Sanofi</b> pourrait se séparer de CepiaCrédit photo © Sanofi

Sanofi pourrait céder Cepia pour récupérer entre 500 millions et 1 milliard d’euros, a appris Bloomberg auprès de bonnes sources. Des discussions en ce sens auraient démarré par l’entremise de Messier & Associés. Les fonds pourraient servir à participer à l’acquisition d’Actelion, que négocierait en parallèle le géant français de la pharmacie.

Cepia regroupe les actifs de production pour compte de tiers de Sanofi. Cette branche est divisée en trois domaines, la fourniture de produits intermédiaires, la fabrication de produits finis et la synthèse à façon. Cepia a accès au réseau de sites industriels de Sanofi pour mener à bien ses missions.

©2016, Boursier.com

Attention, notre rubrique « Rumeurs » se veut l’écho des informations qui circulent dans les salles de marché. Ces rumeurs ne pouvant être vérifiées, elles doivent donc être considérées avec précaution.

Les inspecteurs du travail, des salariés maltraités

15 décembre 2016

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Les inspecteurs du travail, des salariés maltraités

 

Pénurie d’effectifs, manque de soutien de leur hiérarchie, pression des employeurs, les inspecteurs du travail sont à l’agonie. Entre les récentes réformes du code du travail et une réorganisation des services, ces fonctionnaires peinent à assurer leur mission. En bout de chaîne, ce sont les salariés qui trinquent.

 

13.12.2016 par Julia Beurq
 9 min
Les inspecteurs veillent au respect du droit des salariés. (Illustration CC BY-SA Guillaume Galdrat)

Les inspecteurs veillent au respect du droit des salariés. (Illustration CC BY-SA Guillaume Galdrat)

« Bonjour, c’est l’inspection du travail », lance à la volée Catherine Barras, qui a troqué ses bottines à talons contre des bottes de chantier. Ce samedi matin de décembre, l’inspectrice du travail de 53 ans se présente pour un contrôle surprise sur un gros chantier d’habitations à Asnières-sur-Seine (92). « Vous travaillez le samedi vous ? », lui demande sans animosité un carreleur malien. « Vous savez, nous travaillons quand vous travaillez vous ! », lui répond-elle en souriant.

Ce matin, Catherine Barras a pu rencontrer plusieurs ouvriers étrangers travaillant pour des sous-traitants : des carreleurs maliens donc ; un peintre pakistanais qui ponçait un mur sans masque ; des plaquistes roumains paraissant payés à la tâche ; et des façadiers turcs, irakiens et égyptiens. Ne comprenant pas un mot de français, les Égyptiens ont pris peur, posé leur truelle et abandonné le chantier sur le champ. « Ceux-là sont sûrement sans-papiers et payés au ‘noir’ », soupire-t-elle. « Parfois, les travailleurs ne comprennent pas qu’on est là pour faire respecter le droit du travail et les aider. C’est pas eux qu’on met en cause, c’est leur employeur. » De retour au bureau, Catherine Barras devra vérifier s’ils sont bien déclarés, payés en heures supplémentaires le week-end, etc… Un travail fastidieux qui peut aboutir à plusieurs actions en cas de non-conformité au code du travail : la convocation de l’employeur pour le pousser à régulariser la situation ou la prononciation de sanctions.

 

 Les travailleurs ne comprennent pas qu’on est là pour faire respecter le droit du travail et les aider

« Avec tout ce qu’on vient de voir, on pourrait faire prononcer la fermeture administrative de ce chantier. Ce n’était pourtant qu’un contrôle classique, mais on a pu y constater tous les problèmes générés par la sous-traitance en cascade. »Catherine Barras exerce une profession charnière, dotée d’une véritable utilité sociale. Son rôle est de défendre et de soutenir les employés face aux conduites abusives que pourraient avoir les employeurs. L’inspection du travail se trouve en première ligne pour observer les souffrances au travail, les mutations du salariat ou les dysfonctionnements que provoque parfois la mondialisation.

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Un métier conflictuel

Depuis trente ans qu’elle est dans la profession, Catherine Barras a subi peu d’outrages. Une seule fois, un patron l’a assimilée à « la Gestapo » ; une autre fois, à la foire des Loges de Saint-Germain-en-Laye (78), un forain lui a foncé dessus en voiture. Cette animosité, elle n’est pas la seule à la ressentir au quotidien. « Depuis la création du métier en 1892, un agent de contrôle n’est pas et ne sera jamais le bienvenu dans une entreprise », soutient Yves Sinigaglia, inspecteur du travail à Paris depuis 1992 et militant syndical chez Sud. « Qu’il aille faire un contrôle dans une banque ou dans une épicerie, on lui reprochera toujours de vouloir leur faire fermer boutique, alors même qu’il n’en a pas le pouvoir. »

Mais la « simple » violence physique et morale subie par les agents de contrôle peut parfois se transformer en drame. Ainsi le 2 septembre 2004, deux inspecteurs du travail étaient abattus par un agriculteur, en pleine inspection sur son exploitation agricole, à Saussignac (24). Il s’agissait pourtant pour eux d’un acte de simple routine, puisqu’ils sont les seuls fonctionnaires à pouvoir entrer sur des propriétés privées sans autorisation.

C’était la première fois depuis la création de la profession que des inspecteurs étaient tués dans leur fonction. « Ce drame fait malheureusement partie de l’identité de notre profession », soutient Frédéric Balmont, 34 ans, inspecteur du travail à Annecy (74), syndiqué à la Confédération nationale du travail (CNT). À l’époque, l’inspection du travail avait reproché aux ministères du Travail et de l’Agriculture leur manque de soutien et surtout le peu de réactions qu’avait suscité cet homicide. « Notre administration a préféré parler d’un drame agricole, d’un fait divers, plutôt que du meurtre de deux fonctionnaires », enrage Yves Sinigaglia. « Si on avait tué un policier, on en aurait entendu parler ! » Selon Libérationune recrudescence des actes de violence envers les agents de contrôle avait d’ailleurs été observée après ces événements.

 

Aucune précaution n'est superflue. (Illustration CC-BY-Frédéric-Bisson)

Aucune précaution n’est superflue. (Illustration CC-BY-Frédéric-Bisson)

Le code du travail sous le feu des critiques

Selon plusieurs inspecteurs syndiqués, ces agressions ont lieu dans un contexte général de critique du code du travail, et ce depuis les années 1980. Une situation paradoxale puisque la mission des inspecteurs du travail est justement de faire respecter ce code, comme une bible pour eux. Aux yeux de quelques hommes politiques, des dirigeants du Medef et de certains journalistes, il faudrait « brûler le code du travail ». Car les 3 200 pages de ce « fameux code du travail, si lourd avec ses près d’un kilo et demi » seraient responsables du chômage en France« Dans ces conditions, je ne vois pas comment nos activités pourraient être reconnues par les employeurs et provoquer chez eux un minimum de respect à notre égard », estime Gilles Gourc, inspecteur du travail à Lyon et syndiqué à la CNT. « Rien que sous la présidence de François Hollande, quatre réformes ont visé la bible rouge ». Au rythme où elles se succèdent, les agents de contrôle ont à peine le temps d’en intégrer une qu’ils doivent déjà assimiler la suivante.

 Quand on réduit le code du travail, c’est forcément synonyme d’une régression des droits des salariés

Pour Yves Sinigaglia, « quand on réduit le code du travail, c’est forcément synonyme d’une régression des droits des salariés, et à chaque fois, pour nous, c’est un crève-cœur ». D’autant plus qu’avoir foi dans une certaine justice sociale et être militant syndical sont souvent des critères communs à ceux qui ont embrassé la profession d’inspecteur. Selon certaines statistiques non-officielles effectuées par des syndicats, 40% des agents de contrôle seraient syndiqués, contre 11% au niveau national, tous secteurs confondus.

Lorsqu’ils racontent leurs interventions, les inspecteurs du travail gardent tous en mémoire une petite victoire qui leur est propre. C’est le cas d’Yves Sinigaglia. À Paris, en 2014, il avait enquêté pendant deux mois et demi suite à la chute de huit mètres d’un ouvrier qui était resté paralysé. Trois ans et demi plus tard, ses employeurs ont enfin comparu en correctionnelle afin de déterminer leur responsabilité dans cette chute. Dans une entreprise métallurgique lyonnaise, Gilles Gourc, lui, avait été saisi par les délégués du personnel pour une machine dangereuse dont les normes n’étaient pas respectées – une bonne partie du métier d’inspecteur étant aussi d’assurer la sécurité des salariés sur leur lieu de travail. Après « un long combat », l’employeur avait finalement consenti à sécuriser la machine.

 

Ces succès, réconfortants, permettent d’atténuer certaines désillusions. « J’avais fait une enquête de six mois sur une entreprise qui avait employé 200 stagiaires en deux ans », se souvient Catherine Barras. « Quand j’ai appris que le procureur avait classé mon procès verbal pour « Infraction insuffisamment caractérisée », ça m’a foutu un coup au moral. » C’est une constante du métier : un agent de contrôle n’est jamais certain que le parquet suivra son procès verbal. Et la plupart du temps, il y a même de fortes chances que les PV soient classés – ce qui démoralise et démotive les agents car ce sont des actes compliqués à rédiger.

La pression tend à augmenter sur les inspecteurs du travail. (Illustration CC BY-SA Guillaume Galdrat)

La pression tend à augmenter sur les inspecteurs du travail. (Illustration CC BY-SA Guillaume Galdrat)

Des réformes qui fragilisent la profession

Les dernières réorganisations qui ont visé l’inspection du travail ont eu des conséquences importantes. La réforme de 2006 a fait augmenter les effectifs, mais elle a aussi été accompagnée de pratiques managériales instaurant une « politique du chiffre », chose inédite au sein de la profession. En retour, on a observé une augmentation de 30% des arrêts maladie chez les inspecteurs du travail. Puis en 2011 et 2012, deux inspecteurs du travail se sont suicidés. Des actes reconnus comme accident de service, l’équivalent des accidents du travail dans le secteur privé, c’est-à-dire directement causés par leur activité d’inspecteur.

Suite à des signaux d’alerte successifs, le ministère du Travail a suspendu temporairement les objectifs chiffrés et a mis en place une autre réorganisation, provoquant cette fois un boycott d’une partie de la profession. Pour créer une fonction hiérarchique intermédiaire, le nombre d’agents a été diminué, ce qui a renforcé le sentiment d’atteinte à l’indépendance au sein d’une profession attachée à son autonomie. D’autre part, la réforme a laissé de nombreux postes inoccupés, donnant aux agents restants une charge de travail plus importante.

 

Conséquence directe de ces aménagements : Catherine Barras cumule aujourd’hui un poste de contrôle et de direction. Elle a sous sa responsabilité deux secteurs géographiques des Hauts-de-Seine ainsi qu’une dizaine d’agents de contrôle. Elle soupire à la vue des piles de dossiers sur son bureau. « La plupart sont du mois d’août et je n’ai pas eu le temps de les traiter. » Il y a l’affaire d’un salarié dont les heures supplémentaires n’ont pas été déclarées ; celle d’un accident de travail sur un chantier ; celle de travailleurs non-déclarés ; ou bien encore celle d’une entreprise qui a fait un recours contre son refus de licencier un salarié protégé. D’autres témoignages confirment le surmenage qui gagne la profession. « Quand un accident du travail arrive, on doit tout laisser de côté pour se consacrer à l’urgence », soutient Gilles Gourc. « Nous sommes extrêmement stressés. Il y a certaines choses qu’on n’a pas le temps de faire, ou quand on les fait, on est obligé de les bâcler car on n’a pas le temps de bien faire. C’est vraiment démoralisant… »

Après dix ans, les réformes n’ont pas été menées jusqu’à leur terme et selon la Cour des comptes, elles ont même été contre-productives. Ces dernières années, on a en effet assisté à une baisse notoire du nombre d’interventions.

 

40% des agents de contrôle seraient syndiqués, contre 11% au niveau national. (Illustration CC BY Marc Roussel)

40% des agents de contrôle seraient syndiqués, contre 11% au niveau national. (Illustration CC BY Marc Roussel)

Au fil du temps, le pouvoir hiérarchique du ministère autour de l’inspection du travail s’est resserré et met en péril son indépendance. Cette prérogative lui permettait jusque-là d’éviter les « pressions extérieures indues », un terme propre au métier désignant les interférences dans les dossiers. Catherine Barras se souvient bien « des petites pressions sympathiques » qu’elle a subies en 2007, lors du plan de licenciement d’un grand constructeur automobile français. L’inspectrice du travail a réalisé que sa mission était totalement court-circuitée : « Tout avait été déjà négocié en amont, au niveau du ministère, sans qu’on soit au courant », raconte-t-elle. « J’avais refusé le licenciement d’un salarié protégé, mais on m’a fait comprendre que ce n’était dans l’intérêt de personne de maintenir ce refus. » Le syndicat Sud recense ces cas dans une liste longue de plusieurs pages.

L’affaire Tefal

La dernière en date, « l’affaire Tefal », est l’un des gros dossiers du moment. Il s’est révélé être emblématique des pressions subies par les agents de contrôle, tant de la part de leur hiérarchie que des employeurs en général. Le 16 novembre, la Cour d’appel de Chambéry a confirmé la condamnation de l’inspectrice du travail, Laura Pfeiffer, à 3 500 euros d’amende avec sursis, dans une affaire l’opposant à l’enseigne d’électroménager Tefal.

« En sortant du jugement en appel, je me suis dit que c’était en train de devenir le combat de ma vie », raconte-t-elle. « Je ne peux pas lâcher, car je suis sûre d’être dans mon bon droit. Je n’ai fait que mon travail et c’est moi que la justice a condamnée. Avec cette affaire, l’idéal que je me faisais de mon métier est mort, ils me l’ont tué. » Cette femme de 37 ans avait dénoncé les pressions subies sur l’inspection du travail par cette entreprise, le deuxième plus gros employeur de Haute-Savoie.

Le dossier remonte à 2013. Après avoir constaté les irrégularités d’un accord d’entreprise, son directeur lui demande violemment de « revoir son jugement sur Tefal »« C’est une menace ? », lui lance-t-elle. « Non, une mise en garde », lui répond-il. Passionnée par son travail, elle est « choquée » par cet entretien et se met en arrêt maladie. Au bout de quelques mois, elle reçoit anonymement un échange de mails qui dévoile des relations de compromission entre sa hiérarchie et le patron de Tefal. Plus tard, Laura Pfeiffer apprendra qu’un informaticien de Tefal les lui avait transférés après avoir découvert le pot-aux-roses. Elle transmet l’affaire aux syndicats, qui la font sortir dans la presse. En réaction, Tefal porte plainte contre l’inspectrice du travail pour « violation du secret professionnel et recel de courriels ». À l’époque, le procureur d’Annecy annonçait vouloir « faire le ménage à l’inspection du travail ».

 

Avec la criminalisation des mouvements sociaux (Air France, Goodyear), aux yeux des syndicats, cette affaire est l’illustration d’un climat social « délétère » et renforce leur sentiment de n‘être que des faire-valoir. « L’affaire Tefal, c’est le procès de l’inspection du travail, du syndicalisme et du droit du travail », soutient Frédéric Balmont, l’agent de contrôle d’Annecy. Une affaire qui dans tous les cas a divisé l’inspection du travail et laissé des traces profondes au sein d’une profession déjà malmenée par les réformes. Si l’on compare l’inspection du travail à un baromètre de l’état du travail en France, la pression est au plus bas.

Sanofi va réduire ses équipes diabète aux Etats-Unis

12 décembre 2016

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Sanofi va réduire ses équipes diabète aux Etats-Unis

Publié le 12/12/2016 à 06h48

(Boursier.com) — La division diabète américaine de Sanofi va subir une sérieuse cure d’austérité, a fait savoir le laboratoire français vendredi soir, en réponse au recul des ventes liée à l’apparition de concurrents sur certains produits clefs et à la politique restrictive de remboursement menée aux Etats-Unis par les assureurs. Environ 20% des effectifs de la branche, essentiellement dans la force de vente et les fonctions support, seront supprimés. Le nombre exact de salariés concernés n’a pas été communiqué. Sanofi a réagi après des fuites sur une réunion interne tenue vendredi outre-Atlantique. Le laboratoire a prévu de proposer de la mobilité interne ou des offres de compensation au départ.

Sanofi employait fin 2015 environ 17.100 salariés aux Etats-Unis sur un total de 115.600 environ (des changements de périmètre sont depuis intervenus), mais les effectifs de la division diabète seule ne sont pas publics.

1er en 2015 13ieme en 2016?????

8 décembre 2016

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Les dix entreprises préférées des salariés

ACTUALITÉ
Crédit Agricole, Danone, EDF, Décathlon, Leroy-Merlin, Microsoft… Quelles sont les entreprises où les salariés français préfèrent travailler ? Deux groupes de l’Hexagone sont sur le podium, mais ne raflent pas la première place de ce classement annuel, établi par le site de recrutement Glassdoor.

L’entreprise préférée des salariés français n’est pas française. Mais cocorico quand même, les deux autres marches du podium sont occupées par des employeurs de l’Hexagone. Le Prix du choix des employés récompense chaque année depuis neuf ans, les entreprises les mieux notées par les salariés français, sur la plateforme de recrutement Glassdoor.

Le site se base sur les notes déposées sur la plateforme pendant l’année, de manière anonyme, par les salariés. Ils peuvent donner une note globale à leur employeur ainsi qu’un avis plus détaillé : les perspectives de carrière, la rémunération et les avantages, la culture et les valeurs, les managers et l’équilibre travail/vie privée. Ils peuvent aussi préciser s’ils recommanderaient ou non leur entreprise à un ami et évaluer leur patron.

Des mouvements dans les premiers rangs

Pour intégrer le classement, l’entreprise doit compter au moins 1 000 salariés et 20 évaluations validées par Glassdoor. Les données récoltées sont ensuite agrégées et un algorythme prend en compte la qualité et la quantité des évaluations pour établir la hiérarchie entre toutes les boîtes.

Sans révéler le podium, il y a eu beaucoup de mouvements dans les premiers rangs cette année. Sanofi était l’employeur préféré des salariés français l’année dernière. L’entreprise est désormais 13e. Six nouveaux employeurs ont intégré les dix premiers rangs cette année : Danone, Crédit Agricole, Total, Dassault Systemes, GE et L’Oréal.

les salariés de Sanofi à Vertolaye dans l’incertitude

8 décembre 2016

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Puy-de-Dôme : les salariés de Sanofi à Vertolaye dans l’incertitude

Publié le 07/12/2016 à 13h53

Puy-de-Dôme : les salariés de Sanofi à Vertolaye dans l'incertitude

150 personnes ont participé à la réunion d’information, lundi soir, à Vertolaye.

Le projet de Sanofi de regrouper en une même entité la production de principes actifs pharmaceutiques pour des tiers, qui concerne directement le site de Vertolaye, inquiète les syndicats. Lundi 5 décembre au soir, ils présentaient le scénario aux élus et à la population.

Venu de Sisteron, le délégué syndical de Sanofi Chimie Jean-Louis Perrin n’en revenait pas. La salle des fêtes de Vertolaye (Puy-de-Dôme) était pleine à craquer, lundi soir.

Salariés, élus, habitants : 150 personnes s’étaient déplacées pour la réunion d’information organisée par l’intersyndicale du site Sanofi de Vertolaye, qui emploie environ huit cents personnes.

Il faut de la cohésion entre nous parce que demain, ça va être difficile

D’une même voix, la CGT, la CFDT et la CFE-CGC avaient souhaité présenter au plus grand nombre le projet du groupe Sanofi de créer, au 1er janvier 2017, « une entité opérationnelle économique autonome, pour la production de principes actifs pharmaceutiques pour des tiers », autrement dit des laboratoires concurrents. D’après le groupe Sanofi, « l’entité rassemblera les activités commerciales, les activités de développement et de production des sites de Vertolaye, d’Elbeuf et d’Ujpest, en Hongrie, dédiées aux clients tiers ».

Ce qui inquiète les syndicats, c’est l’échéancier mis en place par le leader mondial de la santé. « À la mi-2017, la direction va prendre la décision de poursuivre ou pas avec cette entité ». Et de craindre que celle-ci « devienne réellement autonome pour finalement être cédée ».

Un projet « offensif » selon la direction

Le spectre d’une sortie d’un groupe aussi puissant que Sanofi ne fait pas seulement peur aux syndicats. « S’il se passe quelque chose ici, c’est la double peine », a-t-on entendu dans la salle. « Je quitte cette réunion plus angoissé qu’en arrivant », a commenté le député de la 5ème circonscription du Puy-de-Dôme, André Chassaigne (PCF).

Présent à la réunion, le directeur du site Frédéric Briand s’est voulu rassurant, même s’il a affirmé ne pas en savoir plus sur la décision qui sera prise : « Il s’agit d’un projet offensif et non pas défensif. Nous voulons trouver la meilleure solution pour développer notre activité ».

Tandis que la conseillère régionale Myriam Fougère appelait à la « vigilance » et au « dialogue », André Chassaigne annonçait avoir interpellé la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Les organisations syndicales et la direction de Sanofi seront auditionnées en janvier.

« On ne lâchera pas le morceau », s’est exclamé le parlementaire, se plaçant ainsi dans l’état d’esprit des salariés de Sanofi. « En janvier, nous proposerons des réunions d’information à la population du site, ajoutait Paul Meira Do Rego, secrétaire du comité d’entreprise du site de Vertolaye. Il faut de la cohésion entre nous parce que demain, ça va être difficile ».

Dans un communiqué, le groupe Sanofi a souhaité préciser qu’il n’y aura « pas d’impact sur les effectifs. Cette nouvelle organisation permettra à Sanofi de gagner en réactivité et ainsi de mieux répondre aux attentes de ses clients tiers ».

Boulots de merde

7 décembre 2016

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Boulots de merde dans Presse 9782707185457

Boulots de merde : « On revient à une économie de type féodale, une économie de la domesticité »

http://www.bastamag.net/Intensification-du-travail-Le-patronat-et-ses-relais-politiques-sont-prets-a-l

PAR NOLWENN WEILER 30 NOVEMBRE 2016

 

Produire ou servir plus, avec moins : c’est l’injonction faite à tous les travailleurs, des chaînes de montage automobiles aux couloirs des hôpitaux, en passant par les salles de classe ou les bureaux de poste. A la souffrance de ces boulots dégradés, s’ajoute la précarité grandissante de travailleurs qui quittent le salariat pour la « liberté » de l’auto-entrepreunariat. Une violence sociale féroce dans laquelle les journalistes Julien Brygo et Olivier Cyran ont plongé pour écrire leur ouvrage Boulots de merde. Ils y décrivent l’âpre quotidien de celles et ceux qui exercent des métiers difficiles et souvent utiles, à comparer avec certains boulots très bien payés et plutôt confortables, mais qu’ils jugent socialement nuisibles. Entretien.

 

Basta ! : Le titre de votre livre, Boulots de merde, se réfère au texte de l’anthropologue David Graeber sur les « bullshit jobs » [1]. Il y décrit les métiers absurdes qu’induit le capitalisme financier, tels que ceux exercés par les avocats d’affaire, lesquels s’ennuient prodigieusement au travail. Mais pour vous, les bullshit jobs ne concernent pas que les cols blancs, loin s’en faut. Pourquoi ?

Julien Brygo et Olivier Cyran [2: Nous avons été séduits par cette idée de David Graeber selon laquelle, dans le capitalisme financier, des millions d’individus sont employés à ne rien faire d’utile, comme effectivement les avocats d’affaire : ils sont bien payés et très reconnus socialement, mais ils s’ennuient tellement au travail qu’ils passent leur temps à télécharger des séries ou à réactualiser leur page Facebook. Ceci dit, il nous semble que les « vrais » boulots de merde, ce sont quand même plutôt ceux qui sont exercés en bas de l’échelle sociale dans les secteurs du nettoyage, de la restauration, de la livraison à domicile, de la distribution de prospectus publicitaires, etc. Bref : des métiers pénibles où l’on paie de sa personne, qui participent à la croissance du PIB et à la baisse des chiffres du chômage.

Nous pouvons y ajouter les boulots « utiles » comme les infirmières, les professeurs ou les facteurs, dont les conditions se sont tellement dégradées qu’ils deviennent vraiment « merdiques » eux aussi. Nous avons voulu incarner ces vies et tracer un lien avec les gestionnaires de patrimoine et autres héros financiers tels que les journalistes boursiers, qui exercent des métiers nuisibles socialement : les gestionnaires de patrimoine font partie des organisateurs de ce qui est appelé béatement « l’optimisation fiscale » et qui prive la collectivité des recettes de l’impôt.

« À la faveur de l’entassement des richesses dans les mains d’une élite de plus en plus dodue et capricieuse, le secteur des tâches domestiques où l’on s’abaisse devant son maître se répand », dites-vous. Pouvez-vous détailler ?

Entre 1995 et 2010, dans le monde, le nombre de travailleuses domestiques a grimpé de plus de 60 %. 52 millions de femmes exercent ces « métiers ». Cette hausse correspond à la montée des inégalités. On revient à une économie de type féodale, une économie de la domesticité dans laquelle les plus riches sous-traitent leur confort en employant une nounou, ou bien une, deux ou trois bonnes. Le tout avec le soutien de l’État puisque, par exemple, la gauche plurielle de Lionel Jospin a instauré en France le subventionnement de tous ces métiers via les crédits d’impôts.

Des métiers que l’on croyait disparus, parce que réservés à une époque de semi-esclavagisme, refont leur apparition, comme les cireurs de chaussures, parfois avec l’étiquette « économie sociale et solidaire ». Suite à un appel à projets lancé en 2012 dans le département des Hauts-de-Seine, sous l’égide de Jean Sarkozy, le réseau « les Cireurs » a ainsi obtenu 50 000 euros de subvention au titre de « l’aide à l’économie sociale et solidaire ». Fondé par une diplômée d’école de commerce, ce réseau réunit des individus qui, en contrepartie du droit d’usage de l’enseigne (censée appâter le chaland), acceptent d’être auto-entrepreneurs. Pas d’indemnités en cas d’arrêt maladie, aucun droit aux allocations chômage.

Au lieu d’un salaire, le cireur touche un cachet horaire sur lequel il doit payer lui même une taxe de 23 %. De son côté, la structure démarche des centres commerciaux pour leur vendre l’implantation de ses « artisans cireurs ». Les cireurs paient de leur poche le matériel et l’habillement. S’ils n’ont pas les moyens d’investir, ils peuvent obtenir un prêt accordé par l’association pour le droit à l’initiative économique à un taux d’intérêt compris entre 6 et 8 % ! Au final, la rémunération du cireur est maigre, sa précarité totale. Mais on nous vend un métier « renouvelé », avec des gens qui travaillent « pour eux », sous prétexte qu’ils ne sont pas salariés.

« Je ne gagne pas un Smic, ça c’est clair », dit un cireur de chaussures que vous citez. Mais les auto-entrepreneurs ne sont pas les seuls à travailler à bas coût. Vous expliquez que des millions de salariés travaillent bien en-deçà du Smic.

On entend partout que le Smic c’est « l’ennemi de l’emploi ». Mais le Smic n’existe plus depuis longtemps. Il existe de nombreuses manières de passer outre le salaire minimum. Par exemple, le CDI à temps partiel, avec la pré-quantification du temps de travail. C’est ce qui a été négocié par les géants de la distribution de prospectus publicitaires, Adrexo et Médiapost. Les salariés que nous avons rencontrés travaillent 30% de plus en moyenne que ce qui est indiqué sur leur contrat, et que ce qui leur est payé. Un couple de retraités touchait à peine trois euros de l’heure, soit deux fois et demi moins que le Smic ! La convention collective de la restauration est un autre moyen de faire travailler les gens gratuitement : les heures supplémentaires ne sont pas payées. Résultat ? Les salariés sont payés 24 heures, et en font 60. Le reste étant – parfois – payé au black. Dans les secteurs où la France est championne – le tourisme, la grande distribution, l’hôtellerie-restauration… –, il y a au moins deux millions d’emplois payés entre 25 et 80 % du Smic !

Il y a en fait une vraie fascination du patronat pour le travail gratuit, et les dirigeants politiques s’empressent de leur donner des outils juridiques qui légalisent cette gratuité : prenons le service civique payé deux fois moins qu’un Smic – et même seulement 1/10ème du Smic pour l’employeur – ; ou encore le contrat de professionnalisation auquel recourt beaucoup la grande distribution : pour 150 heures de formation théorique – qui consiste en fait à remplir des rayons ou à faire du nettoyage – l’entreprise touche 2 250 euros par contrat. Le dispositif coûte des millions d’euros aux contribuables chaque année.

Y a-t-il là une spécificité française ?

La grande distribution, c’est une spécialité française. Et le secteur est friand de boulots dégradés. Le projet Europacity (immense centre commercial à proximité de Paris, ndlr), du groupe Mulliez et de sa filiale Immochan, c’est la promesse de 10 000 boulots de merde. Autre secteur passionné par cette économie du « larbinat » : le tourisme. Dans les Alpes, des vallées entières sont de véritables réservoirs à larbinat : tout le monde travaille pour les quelques privilégiés qui peuvent se payer des sports d’hiver. Il y a des contrats prévus pour les CDI à temps partiels, les intermittents, les apprentis, les stagiaires, etc. Précisons que la France est aussi championne du monde des anti-dépresseurs et des médicaments, notamment pour supporter tous ces travaux infernaux.

Le secteur privé n’est pas le seul à malmener les travailleurs. Les fonctionnaires sont eux aussi essorés par les « restructurations » de services et les suppressions de postes en pagaille. Que vous-ont raconté les fonctionnaires que vous avez rencontrés ?

L’obsession pour la réduction des effectifs est un drame. Tout le monde semble s’accorder pour dire qu’il est important de réduire le chômage. C’est constamment dans la bouche des responsables politiques. Mais la phrase d’après, c’est : « Je m’engage à virer 500 000 fonctionnaires ». Parce qu’ils n’arrivent pas à se figurer que des métiers qui ne dégagent pas de marge financière puissent néanmoins être utiles. Tout doit être « rentable ». Nous payons des années de convergence idéologique entre les élites politiques et les détenteurs du capital. Les gens chargés de « réorganiser » drastiquement le CHU de Toulouse, où nous avons fait un reportage, sortent d’écoles de commerce. Ils ont officié chez Carrefour, Pimkie et Danone. Ils se retrouvent à gérer sur ordinateur de l’humain, alors qu’ils ne connaissent que les chiffres.

Les aides soignantes et les infirmières sont censées remplir des chiffres bêtement sans se poser de questions. Elles doivent soigner tant de malades en une journée, peu importent les spécificités des personnes malades ou les imprévus. Elles ont tant à faire en si peu de temps que leur travail est devenu impossible (Ndlr : lire notre article sur le sujet : Sauver des vies en temps de crise : le difficile quotidien des infirmiers). En fin de journée, elles sont épuisées et complètement stressées parce qu’elles ne savent plus si elles ont posé correctement telle perfusion, donné tel médicament à la bonne personne au bon moment…

Tous les services publics sont touchés par cette recherche de rentabilité. Les facteurs se sont ainsi transformés en vendeurs de systèmes de télésurveillance, ou en promeneurs de chiens. L’objectif est de soutirer de l’argent à cette importante manne financière que sont les vieux en France. Cela porte évidemment atteinte à la dignité des facteurs, qui ont toujours aidé les plus anciens au cours de leurs tournées, mais gratuitement ! Les policiers de leur côté sont devenus des machines à gazer des manifestants ou des réfugiés. Certains en ressentent un certain malaise. Être obligé de reconduire tant de migrants à la frontière chaque année, cela n’est pas sans conséquences mentales sur les personnes.

Vous expliquez que tous ces « remaniements » de services publics sont inspirés du « lean management », une méthode élaborée dans les années 1950 au Japon par les ingénieurs de Toyota, et revue par le très libéral Massachusetts Institute of Technology (MIT) aux États-Unis au début des années 1990. Comment cela se traduit-il dans le monde du travail ?

Le « lean management » est devenu la marotte des directions de ressources humaines, et s’immisce et se propage dans tous les secteurs du monde du travail : dans les multinationales ou les services publics, chez les gros industriels et les sous-traitants. Il consiste à imposer aux salariés de faire plus avec moins, en s’attaquant notamment à tous les temps morts : les pauses jugées superflues, les respirations qualifiées d’improductives, toutes les minutes qui ne sont pas « rentables ». Dans nos reportages, tout montre que les travailleurs n’arrivent pas à faire face à cette intensification du travail. Ce qu’on leur impose en terme de rythme et d’objectifs n’a plus de sens. Nous nous dirigeons vers un état de souffrance au travail généralisée. Il y a des vagues de suicides partout. Et on parle là des secteurs de la santé ou de l’éducation : ce sont des secteurs fondamentaux de notre vie sociale.

Tout cela ne se fait-il pas avec le prétendu assentiment des salariés, que l’on somme de participer au changement organisationnel ?

Si. C’est toute la perfidie du « lean management ». On donne aux salariés l’illusion qu’ils peuvent changer le système ; en fait on les oblige à accepter de se faire humilier. C’est le principe de la bonne idée rémunérée chez PSA : 300 euros pour l’idée simple, 500 euros pour la super idée, 1 000 euros pour l’excellente idée. On fait croire aux salariés qu’ils sont d’accord et qu’ils valident le système. Alors que c’est faux, bien entendu. Neuf salariés sur dix pensent qu’ils ont besoin de plus de collègues, et de plus de temps pour pouvoir bien faire les choses. Un infirmer de Toulouse nous a expliqué qu’il a besoin de moins de produits anesthésiants lorsqu’il prend le temps de parler avec ses patients avant de les endormir. Mais ce n’est pas du tout intégré par la nouvelle organisation. Il doit faire vite, endormir tant de patients en une journée, peu importe si pour cela il doit consommer plus de produits. Toute cette organisation du travail a des effets criminels : il y a eu quatre suicides cet été à l’hôpital de Toulouse.

En France, la « loi travail », qui a fait l’objet d’une intense mobilisation durant l’année 2016, a-t-elle pour conséquence d’entériner ces méthodes ?

Avec cette loi, qui vise à faire passer le code du travail au second plan, on s’éloigne encore davantage du principe « une heure travaillée = une heure payée ». Elle est taillée sur mesure pour les entreprises qui veulent en finir avec le salariat. L’article 27 bis précise par exemple qu’il n’y a pas de lien de subordination entre les plate-formes de mise en relation par voie électronique comme Uber et les auto-entrepreneurs qui travaillent pour elles. C’est ce lien qui définit le salariat et permet entre autres aux travailleurs d’aller aux Prud’hommes faire valoir leurs droits. On désarme complètement les travailleurs, alors qu’ils subissent un vrai lien de subordination – ce sont les plate-formes qui leur donnent du travail, évaluent les travailleurs et les sanctionnent – sans les compensations garanties par le statut salarié.

Un livreur à vélo pour une « appli » de repas à domicile le souligne dans notre livre : « Pour arriver à un salaire intéressant, il faut travailler une soixantaine d’heures par semaine. Sur ce revenu, il faut payer environ 23% d’impôts au titre de l’auto-entrepreneuriat. L’arnaque totale. T’es taxé alors que eux, tes patrons, ils ne paient aucune cotisation sociale. » Les livreurs sont incités à aller très vite, quitte à frôler les accidents, étant donné qu’ils sont payés à la course. Et celui qui tombe de son vélo, il se fait non pas virer, mais « éliminer ». Il « quitte le jeu », en quelque sorte. Il ne touche plus aucun salaire, ni aucune indemnité. C’est un système d’une violence incroyable, qui se fait passer pour cool, jeune et dynamique. Les livreurs n’ont pas le droit au scooter, ils ne doivent rouler qu’à vélo – qu’ils doivent se procurer eux-mêmes – parce que cela donne une image écolo à l’entreprise…

Vous reprochez aux médias leur complicité avec ces conceptions très libérales du travail…

Les médias jouent un rôle central dans la diffusion de cette idée sous-jacente que la précarisation est nécessaire. Il faut travailler pour avoir une existence sociale quels que soient l’emploi et les conditions de travail. Le fait de donner chaque mois les chiffres du chômage nous plonge dans une vision statisticienne du monde, avec cet objectif de faire baisser le chômage quoi qu’il en coûte. Les journalistes relaient avec beaucoup de zèle cette idée selon laquelle « mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout ». Cela devient légitime d’accepter un boulot de merde simplement parce qu’il est proposé. Évidemment, pour rien au monde les journalistes ne feraient ces boulots de merde. Nous avons là une vision de classe.

Les médias jouent aussi beaucoup avec la culpabilisation du chômage, en répétant sans cesse à quel point c’est honteux de ne pas travailler, et en enchaînant les « Une » sur les avantages de l’auto-entreprenariat. Nous sommes étonnés de constater, même autour de nous, à quel point les gens ont honte de dire qu’ils touchent des prestations sociales. Alors que cet argent, les gens l’ont cotisé, via leurs boulots antérieurs. Ce sont des garde-fous qui ont été mis en place pour éviter que des gens ne tombent dans la misère totale.

Les médias sont par ailleurs très sévères quand ils décrivent les luttes sociales, comparant volontiers les grévistes avec des preneurs d’otages, ou les manifestants avec des casseurs. Entre ces jugements très négatifs et la répression qui va grandissante, les luttes collectives peuvent-elles se faire une place, et redonner du sens au travail ? 

Il nous semble que le patronat va tout faire pour imposer l’idée selon laquelle il faut qu’on accepte cette société de mini-jobs, sans salaire minimum, avec des contrats « modernes », c’est-à-dire au rabais, davantage proche de l’auto-entrepreunariat que du salariat avec ses « acquis » sociaux qu’ils jugent « insupportables ». Au niveau juridique et législatif, tout est bouché. L’inspection du travail est attaquée de front. Les procédures prud’hommales engendrent parfois plus de cinq ans d’attente – et de paperasse – pour obtenir réparation et se faire rembourser l’argent volé. C’est un combat très inégal.

La criminalisation des mouvement sociaux et la répression des luttes collectives répondent à l’obsession politique clairement formulée qui vise à désarmer la CGT : ils veulent empêcher les travailleurs de reprendre le contrôle de leur travail et d’exercer leur capacité de nuisance sociale afin d’inverser un rapport de force. Cela indique que le patronat et ses relais politiques sont prêts à un affrontement, qu’ils exigent même la violence de cet affrontement.

Ils veulent faire sauter les derniers verrous, ils veulent une société sans filets, où quelques privilégiés auront accès à des métiers survalorisés socialement et correspondant même à des compétences, tandis qu’en bas, ils poseront les jalons d’une société de logisticiens du dernier mètre payés à la tâche, esclaves des machines et de l’auto-exploitation auquel le capitalisme les auront assignés presque naturellement. Et lorsque le logisticien sera remplacé, il pourra toujours louer sa maison, sa guitare, sa voiture, pourquoi pas vendre père et mère, pour ne pas sombrer dans la misère ni « vivre avec la honte » d’être un « assisté ». On va sans doute aller vers une radicalisation des mouvements sociaux. Avec une grande répression derrière. C’est la seule possibilité pour le libéralisme économique de continuer à structurer nos vies : par la force.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

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