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le «en même temps» de Sanofi et Nokia

30 juillet 2020

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Exonérations fiscales et suppressions de postes, le «en même temps» de Sanofi et Nokia

Mathieu Barrère — 27 juillet 2020 à 8h00

La politique d’attractivité fiscale de la France ne fonctionne pas. Les deux multinationales paient de moins en moins d’impôts et suppriment pourtant des emplois.

Au siège de Sanofi à Paris, le 27 mars 2020. | Franck Fife / AFP
Au siège de Sanofi à Paris, le 27 mars 2020. | Franck Fife / AFP
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Temps de lecture: 8 min

En pleine pandémie de Covid-19, les vieux démons de la crise économique de 2008 ressurgissent. Renault, Airbus, Air France, les annonces de plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ou de plans de départs volontaires (PDV) se succèdent chez les grandes entreprises qui subissent la crise de plein fouet.

Certains de ces plans sont plus difficilement acceptés. C’est notamment le cas de ceux annoncés par le groupe pharmaceutique français Sanofi et par le géant des télécoms finlandais Nokia, deux multinationales qui ne semblent pas connaître de déroute économique.

Toujours plus de profits

L’entreprise transnationale française spécialisée dans la santé a annoncé le 26 juin la suppression de 1.700 postes, dont 1.000 en France, majoritairement dans les fonctions de support et de recherche et développement (R&D) –alors même que le dernier plan social, datant de 2019, n’est pas terminé.

Nokia a pour sa part fait connaître le 22 juin sa volonté de sabrer 1.233 postes dans sa filiale Alcatel-Lucent, plus de 1.000 dans la R&D, remettant en question l’existence même de l’usine de Lannion. La pilule est difficile à avaler pour les employé·es du groupe.

En 2015, lors du rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia, l’entreprise finlandaise s’était engagée devant le ministre de l’Économie de l’époque, un certain Emmanuel Macron, à conserver 4.200 salarié·es en France, dont 2.500 emplois dans la recherche. L’accord est arrivé à terme mi-juin, quelques jours donc avant l’annonce du PSE. Pas de temps à perdre, visiblement.

«C’est un effet d’aubaine, on fait de l’argent et on ne respecte les règles que le temps imposé.»

Olivier Pastré, économiste

Une annonce surprenante que Nokia tient à remettre en contexte: «Il s’agit d’engagements pris avec le gouvernement au moment du rachat d’Alcatel-Lucent fin 2015. Nous sommes mi-2020, quatre ans et demi après, le marché a évolué et notre organisation également. Dans tous les cas, Nokia a respecté ses engagements», détaille Soizick Lamandé, directrice de la communication chez Nokia France.

Pour Olivier Pastré, membre du Cercle des économistes et président de la banque d’affaires IM Bank, il aurait fallu «mettre des conditionnalités extrêmement strictes au moment du rachat. Sinon, c’est un effet d’aubaine, on fait de l’argent et on ne respecte les règles que le temps imposé».

La nécessité de ces plans interroge. De fait, le chiffre d’affaires de Sanofi a crû de 6,9% au premier trimestre 2020 –une hausse en partie portée par le Covid-19– pour s’établir à 8,973 milliards d’euros, soit le plus élevé des quatre dernières années!

Et malgré l’appel d’Emmanuel Macron, cette fois-ci président de la République, à une «modération des dividendes» en cas d’effort demandé aux salarié·es, les actionnaires du groupe ont empoché près de 4 milliards d’euros de dividendes en 2020. Il s’agissait de la 26e année consécutive de croissance du dividende. Les grandes entreprises seraient-elles indisciplinées?

Concernant Nokia, le chiffre d’affaires du premier trimestre 2020 est certes en léger recul par rapport à l’année précédente, 4,913 milliards contre 5,032 milliards en 2019, mais le groupe ayant été choisi comme équipementier de Orange pour le lancement de la 5G en France, un important rebond de l’activité est prévisible. L’entreprise confirme la signature de soixante-dix-neuf contrats 5G.

Rien à voir avec la crise

Selon David Cayla, enseignant-chercheur en économie politique à l’université d’Angers et membre des Économistes atterrés, il s’agit «d’une réorganisation stratégique indépendante de la crise [du Covid-19]. Ils auraient licencié de toute façon, dans une logique d’économies et d’augmentation des bénéfices». La crise économique actuelle ne serait donc qu’une aubaine pour annoncer de nouveaux plans sociaux. Pratique!

La direction de Nokia «comprend que c’est une annonce difficile», mais ces plans «ont été mûrement réfléchis et font suite à des analyses très approfondies de toutes les options possibles», se justifie la multinationale. Et «malgré les mesures déjà prises et les progrès réalisés, des efforts supplémentaires sont encore nécessaires pour atteindre un niveau de rentabilité durable et maintenir notre compétitivité. Il est nécessaire d’améliorer en permanence notre productivité pour gagner en efficacité». Pas de lien avec la crise économique actuelle.

Mêmes éléments de langage chez Sanofi, qui a la volonté d’«assurer le futur du groupe sur des axes stratégiques resserrés pour mieux investir et de renforcer l’efficacité de l’organisation en l’adaptant à l’évolution des métiers». Le groupe assure «que la France reste au cœur de la stratégie de l’entreprise», mais sans ces postes qui «disparaissent parce qu’ils ne servent plus à rien».

«Ils auraient licencié de toute façon, dans une logique d’économies et d’augmentation des bénéfices.»

David Cayla, économiste

Les conditions d’un plan de sauvegarde de l’emploi, que l’on pourrait rebaptiser «plan de rationalisation de l’économie», ont été modifiées via les ordonnances n°2017-1387 du 22 septembre 2017 relatives à la prévisibilité et la sécurisation des relations de travail. Surnommées «les ordonnances Macron», elles ont assoupli les conditions de licenciement pour raison économique.

La situation financière d’une multinationale n’est désormais plus étudiée à l’aune de l’ensemble de son activité, mais simplement sur le territoire français. Une entreprise transnationale à la trésorerie florissante peut donc engager un plan de licenciement si sa filiale française présente une baisse d’activité.

Toujours selon les mêmes ordonnances, un PSE est possible en cas d’«une réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité»: tout est dit. Nokia bénéficie de cet assouplissement du droit du travail pour lancer son plan.

Ironie du sort, les deux entreprises profitent de la politique d’attractivité menée par la France, en touchant des exonérations fiscales… censées permettre la conservation des emplois.

Le beurre et l’argent du beurre

Bercy, sous couvert du secret fiscal, a refusé de nous communiquer les montants des crédits d’impôt dont bénéficient Sanofi et Nokia. Mais d’après Le Figaro, l’entreprise de télécoms aurait touché près de 280 millions de crédit d’impôt recherche (CIR) en quatre ans –une information que le groupe a refusé de confirmer.

Le CIR a pour but le «soutien aux activités de recherche et développement des entreprises», selon la description du ministère de l’Économie. Cynique quand on sait que le géant finlandais veut supprimer des postes dans… la R&D.

«Obtenir des crédits pour la recherche et licencier dans la foulée dans ce même domaine, c’est au moins moralement contestable.»

Olivier Pastré, économiste

Du côté de Sanofi, une étude indépendante et confidentielle réalisée par les cabinets Syndex et Cidecos, que Slate s’est procurée, révèle que l’entreprise a touché pas moins de 14,8 millions d’euros de crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), transformé en baisse de charges pérenne, et 112,5 millions d’euros de crédit d’impôt recherche en 2018. Surprise, les suppressions de postes prévues par Sanofi concernent en grande partie les activités de support et de R&D.

Une situation inconcevable pour Olivier Pastré: «Les entreprises qui bénéficient de crédits publics doivent quelque chose à la communauté nationale. Obtenir des crédits pour la recherche et licencier dans la foulée dans ce même domaine, c’est au moins moralement contestable.»

Ce n’est pas la première fois que l’efficacité du CIR est remise en question. En 2015, un projet de rapport sénatorial, piloté par Brigitte Gonthier-Maurin (PCF), sur «la réalité du détournement du crédit d’impôt recherche» avait mis en évidence le dysfonctionnement de cette aide et son utilisation comme simple outil d’optimisation fiscale.

Pourtant, la commission d’enquête a achevé ses travaux sans adopter de conclusions, rendant impossible la publication du rapport (les notes personnelles de la sénatrice sont disponibles ici).

De la même manière, le 6 novembre 2019, un amendement déposé par La France insoumise, proposant une sanction financière correspondant au double du CIR alloué en cas de baisse des dépenses de personnel dans la R&D, a été rejeté. Sur le sujet, la politique de l’autruche est de mise.

État impuissant

Heureusement, Emmanuel Macron a annoncé le 16 juin à Marcy-l’Étoile (Rhône) une aide de 200 millions d’euros à Sanofi pour sauver les empl… Ah non: pour financer la recherche d’un vaccin contre le Covid-19. L’annonce des suppressions de postes n’est intervenue que treize jours plus tard. Encore raté.

David Cayla, économiste atterré, dresse un constat accablant: «C’est la seule politique industrielle menée par Macron, une politique d’attractivité fiscale des territoires au détriment de véritables garanties.» Anecdote (ou non), Franck Riester a inauguré, lors du remaniement du 6 juillet dernier, le tout nouveau poste de ministre de l’Attractivité.

«Ces exonérations fiscales sans conditions vont de pair avec la baisse de l’impôt sur les sociétés. Les impôts disparaissent et les emplois avec», poursuit David Cayla.

Même son de cloche chez son collègue libéral Olivier Pastré, pour qui «ce qui est annoncé est très choquant et doit amener à repenser l’aide publique dans le cadre d’une planification».

 

le «en même temps» de Sanofi et Nokia dans Presse capture_decran_2020-07-20_a_18.55.33Évolution et prévision d’évolution du taux d’impôt sur les sociétés sous le quinquennat Macron. | Via impots.gouv.fr

Pourquoi alors ne pas exonérer encore davantage d’impôts ces entreprises en échange de la conservation des postes? Parce que, toujours selon le même rapport confidentiel, les exonérations fiscales dont bénéficie Sanofi seraient supérieures au montant d’impôt sur les sociétés que l’entreprise doit payer!

En 2018, Sanofi aurait ainsi disposé d’un total de 143,6 millions d’euros de divers crédits d’impôt, pour 77,1 millions d’euros d’impôt sur les sociétés dus. Le calcul est vite fait: les crédits d’impôt couvrent l’intégralité de la somme fiscale due.

Selon des sources concordantes, le groupe pharmaceutique disposerait de plusieurs milliards d’euros de déficit reportable –de quoi s’assurer quelques années sans impôt sur les sociétés.

«Ce type de dumping fiscal peut fonctionner pour un petit pays comme l’Irlande, qui parasite une bête plus grosse que lui, l’Union européenne», avance David Cayla. Mais pour un pays comme la France, ce n’est pas possible: «On va baisser les impôts, mais nos voisins italiens et allemands aussi, donc les entreprises seront toujours libres de délocaliser dans le pays le plus avantageux.»

«L’une des solutions serait la mise en place d’appels d’offres publics fléchés ou conditionnés, des investissements ciblés de l’État, comme pour Air France lors de sa création», suggère l’économiste. Seulement, dans le cadre du marché unique européen, ce type d’investissement est prohibé au titre de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée.

Cul-de-sac? Pas pour Olivier Pastré: «On s’en moque! Les États-Unis sont le pays le plus protectionniste du monde et leur économie tient la route. Quelle que soit la forme, il existe mille moyens d’intervenir et il faut y réfléchir. On peut espérer que l’Europe réagisse avec des règles moins bêtes demain qu’aujourd’hui.»

Préparer l’orage

Les nuages noirs s’accumulent à l’horizon. Alors qu’en 2008, la crise financière était d’abord boursière avant de toucher l’économie réelle, «en 2020, c’est l’inverse: le confinement a provoqué une crise de l’économie réelle, et cette crise va se répercuter sur le milieu boursier, qui entrera lui aussi en crise. Et comme en 2008, cette crise boursière se répercutera (à nouveau) sur l’économie réelle. Avec des conséquences titanesques», prophétise David Cayla, décidément atterré.

Olivier Pastré n’est pas plus optimiste: «Il va y avoir un bain de sang dans les PME. Il faut un renforcement de leurs fonds propres. Toutes les annonces sont faites et rien n’est préparé. C’est à l’État, à l’Europe et aux régions de réagir. Il faut faire ça de manière intelligente pour, là encore, éviter l’effet d’aubaine.» Ce sera peut-être l’occasion de ressortir certains rapports de leurs cartons.

 

Slate.fr

korii.

De JAURES à Sanofi la solution coopérative

25 juillet 2020

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https://lvsl.fr/de-jaures-a-sanofi-la-solution-cooperative/

De Jaurès à Sanofi, la solution coopérative

15 juillet 2020

De JAURES à Sanofi la solution coopérative dans Presse randy-fath-ymf4_9Y9S_A-unsplash-696x464
Construction d’une grange par la communauté Amish aux Etats-Unis. @randyfath

À la suite de la crise du Covid, les appels à changer l’organisation générale de notre économie arrivent de toutes parts. Ces appels se divisent en deux catégories : soit ils préconisent le retour d’un État fort, soit ils se contentent de mesures cosmétiques sans s’attaquer à la racine du problème de l’entreprise, qui n’est autre que la recherche du profit à tout prix. Pourtant, tout attendre de l’État n’est pas la seule alternative possible. Comme le fit Jean Jaurès en son temps, on peut s’appuyer sur les coopératives pour instaurer une rupture majeure : la démocratie plutôt que le profit.


Nous faisons face à une triple crise. Une crise sociale, dont on se demande comment sortir : les inégalités sont exacerbées, les salariés précarisés, les entreprises délocalisées. Une crise sanitaire, dont l’idée d’une deuxième vague nous fait frémir : les médicaments sont importés, les soignants exténués, les hôpitaux délabrés. Une crise environnementale, dont les premiers effets se font déjà sentir : la nature est surexploitée, la biodiversité menacée, le climat déréglé.

Pourquoi ? Car toute action est jugée selon une même finalité : la rentabilité. Tant que cela rapporte davantage ou coûte moins cher, les conséquences sociales et environnementales ne comptent guère. D’où vient cette logique du profit à tout prix ? On en attribue généralement l’origine au « monde de l’entreprise ». Quoi de plus logique puisque les entreprises sont au cœur de nos sociétés ? La majorité des salariés y travaillent, les consommateurs achètent leurs produits et la fonction publique n’en finit pas de copier leurs méthodes.

L’entreprise : un concept économique, divers modèles juridiques

Ici, il est cependant nécessaire de faire une distinction entre l’économie et le droit. En économie, le concept d’entreprise désigne une organisation réalisant une activité économique de production d’un bien ou d’un service. En droit, l’entreprise n’existe pas en tant que telle [1]. Pour exister juridiquement, l’entreprise doit adopter l’un des multiples modèles juridiques reconnus par la loi : association, mutuelle, société civile d’exploitation agricole… pour une propriété privée ; société d’économie mixte, société publique locale, établissement public à caractère industriel et commercial… pour une propriété publique.

Pourtant, quand on pense au monde de l’entreprise, on le réduit généralement à un seul des modèles juridiques existants : la société de capitaux (Sanofi, Total, LVMH… pour les plus connues). En son sein, le pouvoir est aux mains de celles et ceux qui apportent des capitaux. Ce sont donc les actionnaires ou associés qui prennent les décisions stratégiques et élisent les dirigeants, selon le principe capitaliste « une action = une voix ». Puisque ces actionnaires attendent un retour sur investissement, les dirigeants sont élus d’après leurs capacités à rentabiliser les capitaux investis : l’activité, les salariés, les ressources naturelles ou encore le territoire d’implantation ne sont que des variables d’ajustement au service de la logique du profit. Du point de vue des salariés, la démocratie s’arrête donc aux portes de la société de capitaux. Jean Jaurès le formula d’ailleurs en ces termes : « La Révolution a fait du Français un roi dans la société et l’a laissé serf dans l’entreprise ».

Or, ce modèle juridique étant le modèle d’entreprise le plus répandu, il est le cœur de notre système économique. On comprend donc mieux pourquoi cette logique du profit s’est diffusée jusque dans les moindres recoins de notre société, au détriment de la démocratie. Pour transformer la société en profondeur, il est donc indispensable de remplacer ce cœur par un modèle productif alternatif. Pour identifier cette alternative, un petit détour par la pensée de Jaurès peut justement s’avérer utile. Ce dernier ne se limita pas à une simple critique de la société de capitaux, et défendit abondamment un modèle bien particulier : la coopérative.

La démocratisation par la coopération, pilier de la transformation pour Jaurès

Dès la fin du XIXe siècle, Jaurès s’impliqua dans plusieurs initiatives coopératives : la verrerie ouvrière d’Albi, la Boulangerie socialiste de Paris, la Bourse des coopératives socialistes…[2] A partir de ces expériences, il en déduisit que « le socialisme ne peut, sans danger, ou tout au moins sans dommage, négliger la coopération qui peut ajouter au bien-être immédiat des prolétaires, exercer leurs facultés d’organisation et d’administration et fournir, dans la société capitaliste elle-même, des ébauches de production collective » [3].

Jaurès finit même par reconnaître la coopérative comme étant l’un des piliers de la transformation de la société, au même titre que le syndicat et le parti : « Lorsque trois actions sont aussi essentielles que le sont l’action syndicale, l’action coopérative et l’action politique, il est vain de régler entre elles un ordre de cérémonie, il faut les utiliser toutes les trois au maximum » [4]. Dès lors, dans sa vision de la démocratie économique, Jaurès associait les travailleurs, mais aussi d’autres parties prenantes ayant un lien avec l’activité, actionnaires exceptés. La confrontation de ces points de vue divergents ne devait pas se limiter à une simple consultation, mais bien à l’implication de chacun dans la prise de décision.

La nécessaire confrontation de points de vue divergents

Ainsi, lorsqu’il prôna l’intervention directe de l’Etat, comme en 1912 à l’issue d’une nouvelle augmentation du cours du prix des céréales, il précisa : « Bien entendu, il ne faudra pas que ce pouvoir nouveau de l’État s’exerce bureaucratiquement. Des délégués des groupes de producteurs paysans et des consommateurs ouvriers interviendront dans la gestion, à côté des représentants directs de la nation tout entière et des hommes de science les plus qualifiés » [5]. Plutôt que d’imposer par en haut le prix des céréales, avec le risque qu’il soit déconnecté de la réalité, Jaurès concevait la confrontation de ces points de vue divergents dans un intérêt commun : la définition d’un prix juste, suffisamment rémunérateur pour les producteurs et relativement modéré pour les consommateurs, avec expertise scientifique à l’appui.

La confrontation de ces points de vue divergents avait enfin pour but d’éviter la concentration de pouvoirs dans les seules mains des dirigeants politiques. Car Jaurès était bien conscient des dangers inhérents au fait de « donner à quelques hommes une puissance auprès de laquelle celle des despotes d’Asie n’est rien » [6]. Or, encore aujourd’hui, on peut suivre Jaurès en s’inspirant du mouvement coopératif contemporain. Et ainsi instaurer de véritables ruptures dans l’organisation générale de la production et faire primer la démocratie sur la logique du profit.

En SCOP, la démocratie n’est pas une faiblesse, elle est une force

Prenons d’abord les 2300 Sociétés Coopératives et Participatives (SCOP) que compte notre pays [7]. La SCOP n’est pas une société de capitaux, mais une société de personnes. En son sein, le pouvoir est aux mains de celles et ceux qui apportent leur force de travail. Ce sont donc les salariés qui prennent les décisions stratégiques et élisent les dirigeants, selon le principe démocratique « une personne = une voix » [8]. La logique de l’entreprise s’en trouve redéfinie : le profit n’est plus une fin en soi, mais un moyen au service de l’activité et des emplois [9].

La pérennité des SCOP n’est plus à prouver : leur taux de survie à 5 ans est de 70 %, contre 60 % pour les sociétés de capitaux.

Serait-ce un non-sens économique ? Un modèle non soutenable ? Une fragile utopie ? Au contraire : d’une part, comme toute société commerciale, les SCOP sont soumises à l’impératif de viabilité économique. A l’inverse de nombreuses associations, c’est un gage de leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. D’autre part, les salariés de SCOP sont amenés à devenir associés de l’entreprise, afin de détenir au minimum 51 % du capital. A l’inverse de nombreuses sociétés de capitaux, c’est un gage de leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs financiers. Surtout, la pérennité des SCOP n’est plus à prouver : leur taux de survie à 5 ans est de 70 %, contre 60 % pour les sociétés de capitaux [10].

Quelle est la source de cette résilience ? « La démocratie n’est pas une faiblesse, elle est une force » nous dit François Ruffin à propos des institutions politiques au temps de la crise du Covid [11]. Or, ce qui est vrai à propos de l’Etat l’est tout autant pour l’entreprise, même si les SCOP sont généralement plus proches de la démocratie représentative que de l’idéal autogestionnaire [12].

Cette démocratie est une force : elle favorise l’efficacité des décisions qui sont prises. En effet, puisque les dirigeants sont élus par les salariés, leurs décisions bénéficient d’une plus grande légitimité [13]. De plus, comme toute personne élue, ils doivent rendre des comptes auprès de leurs électeurs. Du point de vue des salariés, cette transparence facilite les échanges et la compréhension des enjeux associés à chaque décision [14]. Enfin, qui connaît mieux l’outil de travail que les salariés eux-mêmes ? La gouvernance partagée renforce donc la pertinence de décisions prises par rapport aux besoins et atouts de l’entreprise.

La démocratie est une force : elle favorise l’engagement des salariés. Boris Couilleau, dirigeant de Titi-Floris, une SCOP de plus de 1000 salariés spécialisée dans le transport de personnes en situation de handicap, le résume en ces termes « Quand on est locataire d’un logement, on n’en prend pas autant soin que lorsqu’on en est propriétaire. C’est le même mécanisme avec l’entreprise : quand on devient salarié associé d’une coopérative, on fait plus attention à son outil de travail, on s’implique davantage » [15]. Aussi, quand des difficultés économiques se présentent, les coopératrices et coopérateurs sont d’autant plus prêts à faire des efforts, pouvant aller jusqu’à une augmentation ou une baisse du temps de travail, une réduction des rémunérations, une réorganisation de l’activité… puisqu’ils savent que cela servira avant tout à maintenir à flot leur coopérative et leur emploi, et non à remplir les poches d’un actionnaire extérieur [16].

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L’un des véhicules adaptés de la SCOP Titi-Floris. © Titi-Floris

La démocratie est une force : elle favorise la prudence en matière de gestion financière. Ainsi, les SCOP affectent en moyenne 45 % des bénéfices réalisés à leurs réserves, 43 % en participation à leurs salariés, contre seulement 12 % en dividendes [17]. Cette répartition équilibrée du résultat est peu banale dans le monde de l’entreprise. Elle permet à ces coopératives de disposer de fonds propres importants, que ce soit pour faire face aux difficultés économiques ou pour investir sur le long terme. A titre de comparaison, Oxfam nous rappelle que les sociétés du CAC 40 affectent en moyenne à peine 27 % des bénéfices en réinvestissement, seulement 5 % aux salariés, contre 67 % aux actionnaires [18].

La SCIC, modèle de démocratie sanitaire ?

La SCOP n’est pas l’unique forme juridique que peut prendre une coopérative. Les 900 Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC) que compte notre pays sont, comme les SCOP, des sociétés de personnes. En leur sein, le pouvoir est aux mains de celles et ceux qui participent de diverses manières à l’activité. Ce sont donc les salariés mais aussi des usagers, des bénévoles, des collectivités locales, des organisations du même secteur ou encore des représentants de l’Etat, qui peuvent coopérer au sein d’une gouvernance partagée [19]. La démocratie est toujours une force, puisque la confrontation de ces points de vue divergents, chère à Jaurès, se retrouve bel et bien au service d’un intérêt commun.

On peut prendre comme exemple le centre de santé parisien Richerand, sous forme de SCIC depuis 2018. Issu du syndicalisme des industries électriques et gazières, anciennement EDF-GDF, ce centre était initialement géré par la seule caisse des œuvres sociales des électriciens et gaziers (Ccas) [20]. Le modèle coopératif a alors rendu possible l’implication dans la prise de décisions des salariés (médecins, dentistes, infirmiers, employés…), de groupes hospitaliers partenaires (AP-HP, Fondation Ophtalmologique Rothschild, Diaconesses Croix Saint-Simon), de professionnels du secteur médico-social (Institut de victimologie, association Parcours d’exil), de la ville de Paris, mais aussi des patients, ce qui constitue l’innovation majeure de ce type de coopérative. En outre, comme pour une grande partie des SCIC existantes, la coopérative Richerand a fait le choix de placer l’intégralité de ses bénéfices en réserve, au profit du projet de santé et de sa pérennité [21].

Ce modèle de démocratie sanitaire devrait-il être reproduit ? C’est en tout cas la volonté qu’a récemment exprimée une grande diversité d’acteurs : à Grenoble, un collectif de salariés, d’usagers et de syndicats souhaitaient reprendre un groupe hospitalier en cours de privatisation en SCIC [22] ; dans les Côtes d’Amor, d’anciens salariés de l’une des dernières usines françaises de masques, fermée fin 2018, viennent de relancer leur activité sous forme de SCIC, avec le soutien de syndicats et de collectivités locales [23] ; dans Le Monde, une tribune prône la constitution d’un réseau de SCIC pour produire en France les principes actifs et médicaments nécessaires à notre souveraineté sanitaire [24] ; dans son dernier manifeste, Attac se demande même « Pourquoi ne pas transformer Air France, Renault et Airbus, et même la SNCF, EDF ou la Poste, en SCIC nationales ? » [25].

De Sanofi à l’hôpital public, une solution pertinente

Que ce soit en SCOP ou en SCIC, la coopération incarne donc une rupture avec la logique de la recherche illimitée du profit pour les actionnaires.

Imaginons alors une généralisation de cette rupture, qui ferait probablement la une des journaux : « A partir de 2021, le géant pharmaceutique Sanofi, comme l’ensemble des entreprises du CAC40, sera soumise à un contrôle démocratique de sa stratégie. Ce contrôle sera réalisé par des représentants de salariés mais aussi d’usagers, de professionnels de la santé, d’associations environnementales, de l’Etat… » Qui sait ce qui pourrait alors être décidé, par exemple à propos de la répartition des milliards de bénéfices que Sanofi réalise chaque année : Augmenter sensiblement la rémunération de ses salariés ? Investir massivement dans la recherche contre le coronavirus ? Dédommager décemment les victimes de la Dépakine [26] ou des rejets toxiques de son site de Mourenx [27] ?

Une généralisation du modèle de « la démocratie plutôt que le profit » répondrait à un besoin crucial pour l’hôpital public : mettre fin à la vision de l’hôpital-entreprise, dont la priorité n’est plus l’utilité sociale mais la rentabilité.

Car jusqu’à maintenant, la réalité fut bien différente : entre 2009 et 2016, 95 % des 37 milliards d’euros de profit réalisé par Sanofi ont été versés aux actionnaires [28]. Et même en pleine crise du coronavirus, l’entreprise n’a pas eu trop de scrupules à annoncer qu’elle distribuerait encore plus de dividendes en 2020 qu’en 2019, pour un montant total de près de 4 milliards d’euros [29]. Ou encore qu’elle vendrait son vaccin contre le COVID-19 au pays le plus offrant, alors que 80 % de son chiffre d’affaires est issu du remboursement des médicaments par la Sécurité Sociale française et qu’elle bénéficie chaque année de centaines de millions d’euros de subventions publiques, notamment à travers le Crédit d’impôt recherche et le CICE [30].

Par ailleurs, une généralisation du modèle de « la démocratie plutôt que le profit » répondrait à un besoin crucial pour l’hôpital public : mettre fin à la vision de l’hôpital-entreprise, dont la priorité n’est plus l’utilité sociale mais la rentabilité. De l’avis du personnel soignant, cette rupture passerait par un changement du mode de gouvernance actuel : remettre l’humain au cœur de la décision, comme ce fut le cas au plus fort de la crise du COVID-19 [31]. Concrètement, le pouvoir ne doit plus être aux mains des managers et administratifs comme c’est le cas depuis 2009, mais des personnels médicaux, paramédicaux et des usagers.

La coopération : une solution non suffisante mais plus qu’inspirante

Revenons-en au mouvement coopératif. Bien sûr, lui non plus n’est pas parfait et sa seule généralisation ne sera pas suffisante pour résoudre tous les maux de notre société. D’abord, derrière les modèles coopératifs se cachent une large diversité de pratiques et de progrès à réaliser pour nombre de coopératives : accélérer leur virage écologique, approfondir leur démocratie interne, s’éloigner des méthodes de management néolibérales… Ensuite, l’extension des principes coopératifs doit être complétée par d’autres mesures indispensables à la transition écologique : protectionnisme solidaire et écologique, contrôle démocratique du crédit, réduction de la consommation et du temps de travail… Enfin, il ne faut pas négliger les actions spécifiques à mener contre toutes les formes d’oppressions, liées au genre, à l’orientation sexuelle, à l’origine… qui ne se résoudront pas magiquement lorsque les questions économiques et écologiques auront été traitées.

Néanmoins, il est d’ores et déjà possible de s’inspirer des succès de la coopération pour transformer la société. Et ce, sans se limiter au secteur de la santé, puisque les SCOP et SCIC sont présentes dans tous les secteurs d’activité. Parmi tant d’autres, on peut citer les services avec le Groupe Up (SCOP), l’alimentation avec Grap (SCIC), la presse avec Alternatives Economiques (SCOP), l’énergie avec Enercoop (SCIC), l’industrie avec Acome (SCOP) ou encore le sport avec le club de foot du SC Bastia (SCIC).

Car sinon, quoi d’autre ?

Car sinon, quoi d’autre ? L’imitation de la cogestion à l’allemande ? Certes, la cogestion vise à instituer la parité dans la prise de décision entre actionnaires et salariés. Mais, à quoi bon impliquer les salariés si la logique du profit continue d’avoir un rôle clé ? Les coopératives prouvent qu’il est pourtant possible de subordonner intégralement cette logique à la pérennité de l’activité et d’intégrer à la gouvernance d’autres parties prenantes.

Le retour à une planification autoritaire et aux nationalisations ? Certes, la planification vise à fixer un cap ambitieux de transformation sociale. Mais, à quoi bon virer les actionnaires si les travailleurs et les citoyens restent soumis à une soi-disant élite éclairée ? Les coopératives prouvent qu’il est pourtant possible de changer la société de manière démocratique et au plus près des besoins, des aspirations et de la créativité de chacun.

Bref, les germes d’une nouvelle société, plus juste, soutenable et démocratique, ne demandent ni à être copiés depuis l’étranger, ni à être ressuscités depuis un modèle dépassé. Les germes coopératifs sont déjà présents et ne demandent qu’à être développés massivement.

[1] FAVEREAU, Olivier et EUVÉ, François. Réformer l’entreprise. Etudes, Août 2018

[2] DRAPERI, Jean-François. La république coopérative : théories et pratiques coopératives aux XIXe et XXe siècles. Larcier, 2012

[3] JAURES, Jean. Coopération et socialisme. La Dépêche de Toulouse, 24 juillet 1900, cité dans DUVERGER, Timothée. Jean Jaurès, apôtre de la coopération : l’économie sociale, une économie socialiste ? La République de l’ESS, Juillet 2017 : https://ess.hypotheses.org/391

[4] GAUMONT, Jean. Au confluent de deux grandes idées, Jaurès coopérateur. F.N.C.C, 1959, cité dans DRAPERI (op. cit. 2012)

[5] CHATRIOT, Alain et FONTAINE, Marion. Contre la vie chère. Cahiers Jaurès. Société d’études jaurésiennes, Décembre 2008, Vol. N° 187-188

[6] DUVERGER (op. cit. 2017)

[7] CG SCOP. Chiffres clés 2019 : https://www.les-scop.coop/sites/fr/les-chiffres-cles/

[8] CG SCOP. Qu’est-ce qu’une Scop ? : https://www.les-scop.coop/sites/fr/les-scop/qu-est-ce-qu-une-scop.html

[9] CHARMETTANT Hervé, JUBAN Jean-Yves, MAGNE Nathalie et RENOU Yvan. La « sécuflexibilité » : au-delà des tensions entre flexibilité et sécurité de l’emploi, les sociétés coopératives et participatives (Scop)‪. Formation emploi, 2016, vol. 134

[10] Le service des études de la CG SCOP. Bilan chiffré 2019 : une progression régulière. Participer, Le magazine des Sociétés coopératives. Scopedit. Mai 2020

[11] RUFFIN, François. Leur folie, nos vies : la bataille de l’après. Les Liens qui Libèrent, 2020

[12] CHARMETTANT Hervé. Les Scop à « direction forte » : quelle place pour la démocratie ?. Centre de recherche en économie de Grenoble, HAL, 2017

[13] CHARMETTANT et al. (op cit, 2016)

[14] CHARMETTANT (op cit, 2017)

[15] Entretien réalisé par téléphone le 28 février 2019

[16] CHARMETTANT et al (op cit, 2016)

[17] Le service des études de la CG SCOP (op. cit. 2020)

[18] Oxfam France et Le Basic, CAC 40 : des profits sans partage, comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités. [Rapport], 2018

[19] CG SCOP. Qu’est-ce qu’une Scic ? : http://www.les-scic.coop/sites/fr/les-scic/les-scic/qu-est-ce-qu-une-scic.html

[20] MILESY, Jean-Philippe. La santé pour tous et par tous. Economie sociale, le nouvel élan solidaire. Hors-série Politis, Mars 2019

[21] Le projet de santé de la Coopérative – La Coopérative de Santé Richerand : http://richerand.fr/le-projet-de-sante/

[22] Clinique mutualiste : Éric Piolle appelle à reporter la vente. Place Gre’net : https://www.placegrenet.fr/2020/04/22/crise-sanitaire-eric-piolle-appelle-a-reporter-la-vente-de-la-clinique-mutualiste/291787

[23] Usine de masques dans les Côtes-d’Armor : où en est le projet porté par la Région ?  France 3 Bretagne : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/guingamp/usine-masques-cotes-armor-est-projet-porte-region-1845160.html

[24] « Créons un réseau de sociétés coopératives d’intérêt collectif pour produire les médicaments ». Le Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/10/creons-un-reseau-de-societes-cooperatives-d-interet-collectif-pour-produire-les-medicaments_6042341_3232.html

[25] ATTAC. Ce qui dépend de nous, manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire. Les Liens qui Libèrent, 24 juin 2020

[26] Dépakine : Sanofi refuse d’indemniser les victimes. L’Express : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/depakine-sanofi-refuse-d-indemniser-les-victimes_2057667.html

[27] Sanofi ferme son usine à la pollution record. Politis.fr : http://www.politis.fr/articles/2018/07/sanofi-ferme-son-usine-a-la-pollution-record-39137/

[28] Oxfam (op. cit. 2018)

[29] Sanofi distribuera cette année un dividende un peu supérieur à l’an dernier. Boursorama : https://www.boursorama.com/bourse/actualites/sanofi-distribuera-cette-annee-un-dividende-un-peu-superieur-a-l-an-dernier-dea6baa9688fc6c117808079430dfa96

[30] Des élus français s’indignent que le vaccin à l’étude de Sanofi serve prioritairement les États-Unis. BFMTV : https://www.bfmtv.com/politique/des-elus-francais-s-indignent-que-le-vaccin-a-l-etude-de-sanofi-serve-prioritairement-les-etats-unis_AV-202005140061.html

[31] NAEBEL, Rachel. Comment transformer l’hôpital en bien commun, géré par les soignants et les usagers, non par les financiers. Basta ! : https://www.bastamag.net/Manif-soignants-hopital-Olivier-Veran-salaire-segur-de-la-sante-fermeture-de-lits

Suppressions de postes chez Sanofi

26 juin 2020

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Le géant pharmaceutique français a annoncé la suppression de 1.000 postes en France, dans le cadre d'un plan d'économies de deux milliards d'euros.

Le géant pharmaceutique français a annoncé la suppression de 1.000 postes en France, dans le cadre d’un plan d’économies de deux milliards d’euros. – Eric PIERMONT / AFP
Coupes stratégiques

Suppressions de postes chez Sanofi : « C’est une catastrophe pour la santé publique »

Propos recueillis par Sébastien Grob

Publié le 26/06/2020 à 17:4
  • Le groupe pharmaceutique Sanofi a annoncé la suppression de 1.700 postes en Europe sur trois ans, dont un millier en France. Cette réduction d’effectifs reflète l’abandon de pans d’activité jugés peu rentables malgré leur intérêt sanitaire selon Jean-Louis Peyren, coordinateur adjoint de la CGT au sein de l’entreprise.

Le géant pharmaceutique français Sanofi a annoncé vendredi 26 juin la suppression de 1.700 emplois en Europe, dont un millier en France (sur 25.000 au total dans l’Hexagone). L’entreprise mettra en place un plan de départs sur trois ans, « exclusivement sur la base du volontariat« , a indiqué auprès de l’AFP Olivier Bogillot, le président de Sanofi France. Le dirigeant précise que ces réductions se feront sur des postes « en CDI pour la plupart, notamment des fonctions support, commerciales et des plateformes liées à la recherches« , et sans fermeture d’usine. Ces conditions doivent être précisées lundi, lors d’une réunion avec les syndicats. A rebours de ces coupes, Sanofi avait annoncé mi-juin un investissement de 610 millions d’euros dans le développement des vaccins, avec la création d’une nouvelle usine en France et 200 emplois à la clé.

A l’inverse de plans sociaux officialisés dans d’autres entreprises ces dernières semaines, les réductions d’effectifs annoncées vendredi ne répondent pas à la crise liée au Covid-19. Sanofi a au contraire tiré parti de la demande accrue de médicaments pendant la pandémie, avec notamment un bond de 20% des ventes de Doliprane. De quoi faire grimper son chiffre d’affaires de 6,9% au premier trimestre 2020. Et le groupe a prévu de distribuer pas moins de 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires, à contre-courant de nombre de sociétés ayant limité leurs versements. Mais malgré sa bonne santé financière, le groupe a engagé un plan d’économies de deux milliards d’euros d’ici à 2022, annoncé en décembre 2019. Et ce en arrêtant notamment sa recherche dans le diabète et le cardiovasculaire.

Selon Jean-Louis Peyren, coordinateur adjoint de la CGT chez Sanofi France, ces annonces reflètent le désengagement de l’entreprise de secteurs jugés peu rentables, au détriment d’impératifs de santé publique.

Marianne : Dans quelle stratégie s’intègrent ces suppressions de postes ?

https://www.marianne.net/economie/suppressions-de-postes-chez-sanofi-c-est-une-catastrophe-pour-la-sante-publique

Jean-Louis Peyren : Sanofi et les autres laboratoires ont le profit comme seule obsession, ce qui les pousse à abandonner des pans entiers de la recherche. Les vaccins rapportent par exemple davantage que la synthèse chimique de médicaments. Après avoir délaissé les antibiotiques, le groupe va faire de même avec le cardiovasculaire et le diabète. Cette évolution des priorités est déjà perceptible à l’intérieur de l’entreprise. Chez Sanofi, cela fait 15 ans que l’on a un plan social ou de départs volontaires par an.

Quelles conséquences peut-on craindre de ce désengagement ?

 

C’est une catastrophe pour la santé publique. On va peut-être laisser mourir des gens parce que les labos privés ne veulent pas s’intéresser aux antibiotiques, alors que les bactéries y sont de plus en plus résistantes. Dans ce domaine, Sanofi a cédé ses activités de recherche à Novotec, une petite entreprise qui n’a pas les mêmes moyens en termes de R&D [Recherche et Développement]. D’une manière générale, les gros laboratoires font de moins en moins de recherche en interne, et s’appuient sur des start-ups en leur faisant assumer le risque. Ils se servent aussi de partenariats avec la recherche publique pour trouver des molécules.

Cette évolution menace-t-elle la politique de santé française ?

Des laboratoires étrangers reprennent les pans de recherche délaissés par les laboratoires français, par exemple en Chine ou aux Etats-Unis. Soit autant de perte de contrôle pour la France. Cela s’inscrit dans un contexte de forte concurrence du marché des médicaments à l’international, avec une lutte impossible contre les produits asiatiques.

1600 postes supprimés chez Sanofi

26 juin 2020

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 https://www.lci.fr/social/1000-postes-supprimes-chez-sanofi-en-france-on-n-a-pas-le-droit-de-laisser-la-sante-a-des-groupes-dont-le-seul-objectif-est-le-profit-deplore-un-delegue-cgt-2157726.html

« On n’a pas le droit de laisser la santé à des groupes dont le seul objectif est le profit », déplore un délégué CGT

1000 postes supprimés chez Sanofi : "On n'a pas le droit de laisser la santé à des groupes dont le seul objectif est le profit", déplore un délégué CGT
1600 postes supprimés chez Sanofi dans CGT Groupe
Social

CRI DU CŒUR – Après l’annonce de la suppression d’un millier d’emplois en France par le groupe pharmaceutique Sanofi, Jean-Louis Peyren, délégué syndicat CGT Sanofi, a réagi sur LCI.

26 juin 17:44 – La rédaction de LCI
Dans le cadre d’une « nouvelle stratégie », le géant pharmaceutique français Sanofi a annoncé ce vendredi la suppression de 1.700 emplois en Europe, dont un millier en France. Selon l’entreprise, ce plan de départs n’est pas lié aux conséquences du Covid-19, mais s’appuiera « exclusivement sur la base du volontariat » en s’étalant sur trois ans dans le cadre d’une restructuration.Pour Jean-Louis Peyren, délégué syndicat CGT Sanofi, cette annonce a fait l’effet d’un choc. « Malheureusement, avec Sanofi, nous commençons à nous habituer aux chocs », a-t-il affirmé sur LCI. « Cela fait 15 ans que nous vivons sous le choc, de restructuration en restructuration. »Pour lui, ce plan de départs volontaires est celui de trop. « Nous nous apercevons que ces restructurations ne vont que dans un sens et n’ont qu’un seul objectif : la profitabilité. Cela devient insupportable » après « 15 ans d’instabilité et de réorganisation », déplore-t-il, visiblement très ému (voir vidéo en tête de cet article). « Une société ne peut pas se développer dans l’instabilité. »

« Sanofi a plus de pouvoir qu’un État »

Par dépit, il en appelle au gouvernement et au président de la République, alors qu’Emmanuel Macron s’était rendu le 16 juin dernier au laboratoire Sanofi. « Nous continuerons à le faire, mais il faut se rendre à l’évidence : un groupe comme Sanofi est une firme qui a plus de pouvoir qu’un État », déclare Jean-Louis Peyren.« Nous avons beau avoir de beaux discours de notre présidence en disant que la France a retrouver sa souveraineté en termes de fabrications de médicaments, que l’Europe va retrouver son indépendance… Mais cette souveraineté et cette indépendance, nos États et la communauté européenne la donnent au privé », regrette le délégué syndical. « Au niveau de la CGT, nous avons du mal à comprendre comment nous pouvons avoir une souveraineté ou une indépendance quand elles dépendent du privé. »

Lire aussi

« Je me dis que je vis dans un monde où il y a un problème »

« Aujourd’hui, Sanofi est un groupe français, mais qui nous dit que demain, parce qu’il y a de meilleurs offrants ailleurs, les actionnaires ne donneront pas ce site à une société chinoise ? », demande Jean-Louis Peyren. « Sanofi est un groupe pharmaceutique, de santé. Nous n’avons pas le droit de laisser la santé à des groupes qui n’ont qu’un seul objectif : le profit. »Enfin, le délégué syndical regrette le montant qu’il estime versé aux actionnaires par l’entreprise dans laquelle il est salarié. « En 2020, Sanofi a versé 4 milliards de dividendes aux actionnaires », juge-t-il. « À la fin de l’année, on va nous dire qu’il faut donner au ‘Téléthon’, au ‘Sidaction’, au ‘Pasteurdon’ ? Et je travaille pour une entreprise qui est capable de donner 4 milliards aux actionnaires ? Et dans le même pays, des soignants doivent mettre des sacs poubelles pour se protéger ? Je me dis que je vis dans un monde où il y a un problème. »

Légion d’honneur à Serge Weinberg : « Comment osez-vous ? »

17 janvier 2020

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       https://francoisruffin.fr/legion-honneur-sanofi/         

Légion d’honneur à Serge Weinberg : « Comment osez-vous ? »

La fille de Sabine perd la vue à cause de la Dépakine et de Sanofi. Le gouvernement sévit-il ? Non, il récompense le PDG… qui fit entrer Emmanuel Macron à la banque Rothschild. Comment osez-vous ?
  • 14 janvier 2020

 

Madame la Ministre, comment osez-vous ?

Vendredi dernier, je présentais mes vœux à Abbeville. Sabine est venue me trouver, le visage rougi. Epileptique, elle a pris de la Dépakine, y compris durant sa grossesse. Elle a donné naissance à Anne, vingt ans maintenant, qui souffre d’autisme, et qui, dernièrement, perd la vue, et qui risque de devenir aveugle : « Je suis tellement inquiète, je ne dors plus, me confiait donc la mère. Tellement stressée que ça me fait péter des muscles. Mon docteur ne croyait pas ça possible. Et tu as vu, ils ont remis la Légion d’honneur à Weinberg ? »

J’ai vérifié sur mon portable, aussitôt, et en effet : vous avez élevé Serge Weinberg, le président de Sanofi, au prestigieux grade de « grand Commandeur ».
Comment osez-vous ?

Depuis les années 80, au moins, Sanofi savait. Depuis le 1er janvier 1982, même, précisément, cela vient d’être reconnu par la Loi, grâce au combat incessant, depuis des années, de l’Apesac et de sa présidente, Marine Martin, mère courage. Sanofi savait que, prise chez la femme enceinte, la Dépakine engendrait des troubles, des malformations, des cas d’autisme, chez les bébés. Sanofi savait, et ne l’a indiqué que vingt ans plus tard, à partir de 2006. Entretemps, 16 600 à 30 400 enfants, selon l’étude de la Caisse nationale d’assurance maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament, sont nés handicapés, très lourdement, à vie.
C’est le premier scandale, au passé : Sanofi savait.

Ce scandale en cache un deuxième, au présent : Sanofi refuse de payer.
Car l’Etat a pris sa part de responsabilité : il a mis en place un fonds d’indemnisation des victimes, via l’Oniam, bien imparfait, bien compliqué, mais il existe. Qu’a alors fait le laboratoire pharmaceutique ? Sanofi, premier responsable sanitaire, a refusé de verser son écot, pas un sou, pas un euro, « contestant fermement les estimations mentionnées dans le rapport de l’ANSM et de la Cnam », au motif que ces « rapports reposent sur des hypothèses invérifiables et vont ajouter de la confusion auprès des patients et des professionnels de santé ».

A l’automne 2015, Sanofi est condamné par la Justice, dans le cas de Camille, « présentant un syndrome malformatif général, anomalies des membres supérieurs et microphtalmie en particulier ». Que décide la firme ? De faire appel. Et quand la Cour d’appel d’Orléans, à son tour, confirme le jugement deux ans plus tard, condamne Sanofi à trois millions de dommages et intérêts, notant que « le produit n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre », que fait le laboratoire ? Il se pourvoit en cassation, et gagne. Pour un détail de procédure, de forme, même si la cour reconnaît sa faute sur le fond.

Fermons les yeux. Imaginons cette horreur : que vous, que moi, un jour, en voiture, renversions un enfant, qu’il en garde des séquelles à vie, handicapé, traumatisé… Rien que d’y songer, j’en tremble, comment vivre avec ce drame ? avec cette ombre au cœur ? Je ferais tout, alors, j’en suis convaincu, tout mon possible, pour réparer le peu qui soit réparable, pour guérir de ma honte, avec un chèque si besoin. Eux, sur leur conscience, mais quelle conscience?, en ont des milliers, des dizaines de milliers, de bébés, d’enfants, handicapés, traumatisés, avec des séquelles à vie, des « dysmorphies faciales », des « malformations des membres », des « problèmes cardiaques ». A genoux, on devrait les voir, à genoux devant Sabine !, à genoux devant Marine !, ces femmes qui méritent, elles, vraiment, la Légion d’honneur !à genoux devant Anne !, à genoux devant Camille !, à genoux et mendiant leur pardon. A la place de cette supplique, ils biaisent, ils rusent, avec des avocats et du blablabla. Ils fuient leur culpabilité.

Ce sont des psychopathes, des psychopathes du profit.
On devrait les trouver en garde à vue, leur ceinture leur cravate leurs lacets défaits.

Vous avez d’ailleurs assuré, Madame la ministre, il y a plus d’un an déjà, que « nous nous retournerons vers l’industriel, ça sera fait », que « l’urgence, c’est que les familles soient indemnisées pour être aidées, et Sanofi c’est le travail de l’État », parce que « c’est à l’État de se retourner vers les personnes en faute, évidemment ».

Alors, certes, l’Oniam s’est retourné vers le laboratoire. Qui a refusé, à nouveau, de payer. L’Oniam voit donc ses ressources fondre, et se retrouve incapable d’indemniser victimes… Mais comment vous faire confiance pour mener à bien cette procédure contre le laboratoire ? Comment vous croire ? Comment vous croire quand on retrouve les dirigeants de Sanofi dans les Palais de la République ?

Serge Weinberg, ami personnel d’Emmanuel Macron, qui le fit entrer à la banque Rothschild, assistait, dans les salons de l’Elysée, à l’intronisation du Président.
C’est dans les salons de l’Elysée, toujours, et en présence du Président, que le Dolder, le lobby de l’industrie pharmaceutique, Olivier Brandicourt et Sanofi en tête, tenait ses assises.

Edouard Philippe et Christophe Castaner nous font la leçon : « Il ne faut pas dénigrer une entreprise française, une entreprise qui fonctionne bien », « On ne doit pas critiquer des entreprises qui réussissent, comme Sanofi ».

Sanofi perçoit toujours, chaque année, plus de cent millions de Crédit impôt recherche, quand bien même ils la détruisent leur recherche, et des dizaines de millions de Crédit impôt compétitivité emploi, quand bien même ils en détruisent, des emplois.

Vous-même, en personne, Madame la ministre, assistiez, en février dernier, à une réunion de la Fondation Sanofi, qui prétend venir en aide aux personnes vulnérables… qu’ils commencent par indemniser leurs victimes !

Et enfin, donc, le clou de cette farce tragique : ce premier janvier, Serge Weinberg élevé au rang de « grand commandeur de la Légion d’honneur ». Quand tous les jours, avec les autres dirigeants de Sanofi, il devrait recevoir la légion du déshonneur, être privé de ses droits civiques, souffrir de l’indignité nationale.

D’où ma question, simple : comment osez-vous ?

Francois Rufin

Reponse PH.Martinez à E.Philippe le 14/01/2020

16 janvier 2020

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PHILIPPE E. - Réponse à votre courrier du 11 janvier - 14 01 20201 PHILIPPE E. - Réponse à votre courrier du 11 janvier - 14 01 20202

Soutenus par François Ruffin, des diabétiques déclarent la guerre à Sanofi

9 janvier 2020

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https://www.huffingtonpost.fr/entry/soutenus-par-francois-ruffin-des-diabetiques-declarent-la-guerre-a-sanofi_fr_5e15937fc5b6c7b859d2d3f0

Soutenus par François Ruffin, des diabétiques déclarent la guerre à Sanofi

“Leur action a beaucoup de sens, assure le député France Insoumise, ils se battent pour que l’insuline refasse partie du domaine public. »

Si en France, la question des prix ne se pose pas pour les patients, ailleurs, elle empêche de...

digicomphoto via Getty Images
Si en France, la question des prix ne se pose pas pour les patients, ailleurs, elle empêche de nombreux diabétiques de se soigner.

SANTÉ – “L’insuline trop chère tue”, “l’insuline n’est pas du parfum”, “insuline pour tous”. Ces slogans sont ceux de l’association Diabète et Méchant, dont une vingtaine de membres a manifesté ce mercredi 8 janvier devant le siège du laboratoire Sanofi.

Enfin, quelques mètres plus loin, parce que la préfecture de police ne les a pas autorisés à stationner juste devant le labo. “On avait juste le droit d’aller, à deux, remettre le tract à Sanofi, témoigne Bertrand Burgalat, fondateur de Diabète et Méchant. Mais on n’a même pas pu entrer dans le hall, Sanofi nous a barré l’accès à l’immeuble”.

Soutenus par François Ruffin, des diabétiques déclarent la guerre à Sanofi dans Presse kNi6qh1u_normal

Observatoire Transparence Médicaments @OTMeds

L’ Observatoire @OTMeds
aux côtés de nos amis de « Diabète et méchant » & @t1international
(avec la présence de Bertrand Burgalat) au rassemblement à mercredi 08 janvier

Sanofi, c’est le producteur de l’une des insulines les plus utilisées au monde, la glargine, plus connue sous les noms de marque Lantus et Toujeo.

Les manifestants demandent à Sanofi, ainsi qu’aux autres laboratoires, une baisse drastique du prix de l’insuline, cette hormone indispensable à la survie des diabétiques de type 1 et de certains autres (quelques types 2, Mody, Lada, gestationnel…).

“Les prix pratiqués sont bien trop élevés, explique au HuffPost Bertrand Burgalat. La grille tarifaire de Sanofi et des autres rend cette hormone inabordable pour la moitié des diabétiques de type 1 dans le monde, qui ne peuvent survivre plus de quelques semaines sans elle. Dans les pays pauvres, bien sûr, mais également aux États-Unis. En 10 ans, les labos y ont triplé le prix, sans aucune innovation.”

Pancarte de Diabète et méchant pour manifester devant Sanofi le 8

Diabète et Méchant
Pancarte de Diabète et méchant pour manifester devant Sanofi le 8 janvier.

“Un scandale”, selon François Ruffin

Dans le monde, 50% des diabétiques n’ont pas accès à l’insuline, d’après les chiffres de l’association T1International qui milite dans les pays anglo-saxons pour faire de l’insuline une denrée accessible. Au Mozambique, la durée de vie d’un enfant atteint est de 8 mois. Aux États-Unis, le coût du traitement par mois est de 730 dollars, contre 230 il y a dix ans. Au Brésil, ces 730 dollars représentent 82% du revenu mensuel moyen.

La manifestation a reçu le soutien plein et entier du député France insoumise François Ruffin, dont le combat contre Sanofi est toujours d’actualité. “Leur action a beaucoup de sens, dit-il au HuffPost, ils se battent pour que l’insuline refasse partie du domaine public. C’est quand même incroyable de savoir que l’inventeur de l’insuline avait cédé le brevet pour un dollar symbolique il y a un siècle et qu’aujourd’hui l’insuline serve à faire des milliards de profits pour les trois géants de la santé, sans qu’elle puisse être abordable pour tous les diabétiques du monde. C’est un scandale.”

“Je compte rencontrer les acteurs de la lutte contre les prix élevés de l’insuline ces prochains mois”, a précisé le député.

“Des psychopathes du profit”

Aujourd’hui, l’insuline se vend par cartouches de cinq au prix de 60 euros en France pour la Lantus, 40 à 50 euros pour les biosimilaires. “Nous voulons qu’ils divisent par dix leurs prix”, précise Bertrand Burgalat. “Ils peuvent le faire et ils gagneront en volume ce qu’ils perdront en valeur”.

Mais le député François Ruffin n’est pas optimiste: “Sanofi, ce sont des psychopathes du profit, tance-t-il, regardez le cas de la Dépakine (médicament contre l’épilepsie qui aurait dû être interdit aux femmes enceintes, qui a causé des malformations chez 16.000 à 30.000 enfants). Sanofi sait qu’il est responsable de ces handicaps, mais le laboratoire ne veut indemniser personne. Et pousse les procès jusqu’en cassation pour que sa responsabilité ne soit pas reconnue. Le pire dans tout ça, c’est la collusion entre les dirigeants de Sanofi et le gouvernement. Le 1er janvier dernier, qui a été élevé au grade de commandeur de la légion d’honneur? Le président du conseil d’administration de Sanofi. Alors qu’il aurait dû recevoir la légion du déshonneur.”

D’ailleurs, la question écrite au gouvernement de François Ruffin cette semaine du 6 janvier porte sur cette décoration qui ne passe pas auprès des victimes de la Dépakine.

“Coupez vos dépenses marketing”

Revenons à l’insuline et à l’action en cours: “Nous sommes là pour vous aider, se moque gentiment le tract de Diabète et Méchant distribué devant le siège du laboratoire. Vous pouvez gagner beaucoup d’argent avec le diabète, tout en rendant service à l’humanité: ne baissez pas le prix de l’insuline, divisez-le par dix avec un tarif unique, coupez vos dépenses marketing (…) et le financement d’influenceurs inutiles. Vous multiplierez ainsi vos ventes (un diabétique mort ne consomme pas d’insuline).”

Pancarte de manifestation de Diabète et méchant devant

Diabète et Méchant
Pancarte de manifestation de Diabète et méchant devant Sanofi

L’action de Diabète et méchant s’inscrit dans la campagne lancée dans les pays anglo-saxons par l’association T1International, qui s’intitule #insulinforall (insuline pour tous). Elle est menée en partenariat avec l’Observatoire de la transparence dans la politique du médicament et l’ONG Santé Diabète.

BlackRock, patron de Sanofi?

8 janvier 2020

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https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/blackrock-l-institution-financiere-185781

ces financiers qui dirigent le monde

19 septembre 2019

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la fabrique du consentement

19 septembre 2019

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Sanofi recourt massivement à des techniques de relations publiques afin d’obtenir le consentement du plus grand nombre.

Le groupe a opté pour une stratégie financière tournée uniquement vers l’actionnaire piétinant de fait la mise à disposition de médicaments de première nécessité pour les patients, l’environnement et les conditions de travail de tous ses salariés.

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