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Les jeunes du monde en lutte pour le climat

1 février 2019

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https://www.franceinter.fr/societe/les-jeunes-du-monde-en-lutte-pour-le-climat-ce-n-est-pas-orchestre-et-ca-va-durer?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3yWJRH9L3x_BN41AP4VKsg2-bhqHNTxrvebA6PRvc2fyZ_VfvCT-7ffd8#Echobox=1548997892

 

Les jeunes du monde en lutte pour le climat : « Ce n’est pas orchestré et ça va durer »

Publié le vendredi 1 février 2019 à 6h05

par France Inter

La jeune Suédoise Greta Thunberg a lancé un appel à une mobilisation de tous les jeunes du monde le 15 mars prochain. Plus largement, partout dans le monde, des jeunes se mobilisent et essaient de faire bouger les dirigeants… et les adultes. Le 15 mars, renverseront-ils la vapeur ?

Jeune fille manifestant pour le climat lors du forum de Davos en Suisse le 25 janvier 2019
Jeune fille manifestant pour le climat lors du forum de Davos en Suisse le 25 janvier 2019 © AFP / FABRICE COFFRINI

Le phénomène est généralisé dans le monde, il y a même « des vétérans » de l’action des jeunes en faveur du climat, de la planète et pour plus de justice.

Si les enfants se mobilisent partout dans le monde, cela émerge surtout là où ils sont surexposés. C’est le cas en Australie, où une grève a commencé il y a plusieurs mois, et où les populations souffrent gravement de la canicule ces jours-ci. C’est le cas aussi à Bali où la jeune Melati Wijsen œuvre depuis cinq ans, avec sa sœur, et a fait entendre raison au gouvernement balinais sur la pollution par les sacs plastiques. Des pays du nord de l’Europe, au Brésil, de Colombie aux États-Unis, partout des enfants alertent les adultes et vont jusqu’à intenter des actions en justice contre leur gouvernement.

En Europe, la suédoise Greta Thunberg a ainsi créé l’événement lors de la COP24, en s’adressant directement aux invités du forum de Davos, pour rappeler l’urgence à agir plus fortement pour limiter le réchauffement climatique.

À Bruxelles, chaque semaine, les jeunes manifestants sont de plus en plus nombreux dans les rues pour réclamer des changements profonds.

Flore Vasseur est co-productrice (avec Marion Cotillard et Denis Carot) du film Bigger than us, en cours de préparation, qui raconte cette mobilisation inédite. Pour elle, ce n’est pas un phénomène éphémère. « Ce n’est pas orchestré, c’est la juste cause d’une génération car cette histoire-là c’est leur monde. Ils vont en payer les conséquences et trouver les solutions », explique-t-elle.

« C’est un mouvement qui va durer et mon pari, c’est que le fait que des enfants se mobilisent est peut-être la seule chose qui puisse mettre les adultes d’accord, puisque la sauvegarde de la nature n’est pas un facteur de consensus. L’enfance permettra peut-être de dépasser tous les clivages. C’est mon pari. »

Son film suit les pas de Melati Wijsen à la rencontre de tous les enfants en révolte pour plus de justice et pour une planète durable.

La France encore timide

Il n’y a pas encore de groupe fort en France, ni d’égérie à l’image de Melati Wijsen ou de Greta Thunberg, mais déjà une opération lancée sur YouTube le 15 novembre 2018, avec les youtubeurs les plus populaires, avait généré en un mois des défis et actions ponctuelles (ou pas) suivis par 350 000 personnes. Quelques groupes scolaires étaient venus se joindre aux défis.

Les jeunes Français n’ont pas encore pris l’habitude faire grève des cours le vendredi comme Greta Thunger. Toutefois, son appel à une journée internationale d’action le 15 mars n’est pas passé inaperçu dans les salles de classes.

Fridays For Future-France, qui vient d’ouvrir un fil Twitter avec quelques abonnés, appelle à commencer à faire grève dès ce vendredi (1er février).

Devant le succès des manifestations des jeunes Belges ces dernières semaines, à Troyes, en Champagne, un groupe promet de rivaliser avec eux prochainement.

Le club lycéen du Périgord, les idées vertes, entend aussi se mobiliser le 15 mars.

Il y a eu une tentative d’une lycéenne à Lafrançaise dans le Tarn-et-Garonne. Elle a signifié le 11 janvier à son professeur qu’elle ne travaillerait pas ce jour-là pour dénoncer « l’inaction des adultes face au réchauffement climatique ». Le principal lui a signifié qu’elle « ne pouvait pas faire grève en tant qu’élève ».

Pour Flore Vasseur, c’est une vieille manie d’adulte que de rappeler l’immaturité ou l’irresponsabilité des jeunes. « On qualifie cette génération des millenials de décérébrée, d’égoïste, de flemmarde. Mais qui sont les adultes qui ont décrété cela ? Pour moi ces qualificatifs s’appliquent aussi au monde des adultes. » Cette génération est-elle la dernière chance pour l’humanité de conserver une planète vivable ? « Je fais des portraits d’activistes depuis 15 ans, des portraits d’adultes qui s’adressent à d’autres adultes, et ça ne marche pas. Nous adultes, avons besoin de quelque chose qui viennent casser nos vieux schémas« , conclut Flore Vasseur.

Lutte de classes en France

1 février 2019

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Lutte de classes en France

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/02/HALIMI/59568

Au mouvement des « gilets jaunes » le chef de l’État français a répondu en lançant un « grand débat national ». Ce genre d’exercice postule que les conflits sociaux s’expliquent par des problèmes de communication entre le pouvoir et ses opposants, plutôt que par des antagonismes fondamentaux. Une hypothèse hasardeuse…

par Serge Halimi & Pierre Rimbert     

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Youcef Korichi. – Sans titre, 2015
Galerie Suzanne Tarasieve, Paris

La peur. Pas celle de perdre un scrutin, d’échouer à « réformer » ou de voir fondre ses actifs en Bourse. Plutôt celle de l’insurrection, de la révolte, de la destitution. Depuis un demi-siècle, les élites françaises n’avaient plus éprouvé pareil sentiment. Samedi 1er décembre 2018, il a soudain glacé certaines consciences. « L’urgent, c’est que les gens rentrent chez eux », s’affole la journaliste-vedette de BFM TV Ruth Elkrief. Sur les écrans de sa chaîne défilent les images de « gilets jaunes » bien déterminés à arracher une vie meilleure.

Quelques jours plus tard, la journaliste d’un quotidien proche du patronat, L’Opinion, révèle sur un plateau de télévision à quel point la bourrasque a soufflé fort : « Tous les grands groupes vont distribuer des primes, parce qu’ils ont vraiment eu peur à un moment d’avoir leurs têtes sur des piques. Ah oui, les grandes entreprises, quand il y avait le samedi terrible, là, avec toutes les dégradations, ils avaient appelé le patron du Medef [Mouvement des entreprises de France], Geoffroy Roux de Bézieux, en lui disant : “Tu lâches tout ! Tu lâches tout, parce que sinon…” Ils se sentaient menacés, physiquement. »

Assis à côté de la journaliste, le directeur d’un institut de sondage évoque à son tour « des grands patrons effectivement très inquiets », une atmosphère « qui ressemble à ce que j’ai lu sur 1936 ou 1968. Il y a un moment où on se dit : “Il faut savoir lâcher des grosses sommes, plutôt que de perdre l’essentiel” (1)  ». Lors du Front populaire, le dirigeant de la Confédération générale du travail (CGT) Benoît Frachon rappelait en effet qu’au cours des négociations de Matignon, consécutives à une flambée de grèves imprévues avec occupation d’usines, les patrons avaient même « cédé sur tous les points ».

Ce genre de décomposition de la classe possédante est rare, mais il a pour corollaire une leçon qui a traversé l’histoire : ceux qui ont eu peur ne pardonnent ni à ceux qui leur ont fait peur ni à ceux qui ont été témoins de leur peur (2). Le mouvement des « gilets jaunes » — durable, insaisissable, sans leader, parlant une langue inconnue des institutions, tenace malgré la répression, populaire malgré la médiatisation malveillante des déprédations — a donc provoqué une réaction riche de précédents. Dans les instants de cristallisation sociale, de lutte de classes sans fard, chacun doit choisir son camp. Le centre disparaît, le marais s’assèche. Et alors, même les plus libéraux, les plus cultivés, les plus distingués oublient les simagrées du vivre-ensemble.

Saisis d’effroi, ils perdent leur sang-froid, tel Alexis de Tocqueville quand il évoque dans ses Souvenirs les journées de juin 1848. Les ouvriers parisiens réduits à la misère furent alors massacrés par la troupe que la bourgeoisie au pouvoir, persuadée que « le canon seul peut régler les questions [du] siècle (3)  », avait dépêchée contre eux.

Décrivant le dirigeant socialiste Auguste Blanqui, Tocqueville en oublie alors ses bonnes manières : « L’air malade, méchant, immonde, une pâleur sale, l’aspect d’un corps moisi (…). Il semblait avoir vécu dans un égout et en sortir. Il me faisait l’effet d’un serpent auquel on pince la queue. »

Une même métamorphose de la civilité en fureur s’opère au moment de la Commune de Paris. Et elle saisit cette fois de nombreux intellectuels et artistes, progressistes parfois — mais de préférence par temps calme. Le poète Leconte de Lisle s’emporte contre « cette ligue de tous les déclassés, de tous les incapables, de tous les envieux, de tous les assassins, de tous les voleurs ». Pour Gustave Flaubert, « le premier remède serait d’en finir avec le suffrage universel, la honte de l’esprit humain ». Rasséréné par le châtiment (vingt mille morts et près de quarante mille arrestations), Émile Zola en tirera les leçons pour le peuple de Paris : « Le bain de sang qu’il vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres (4). »

Autant dire que le 7 janvier dernier, M. Luc Ferry, agrégé de philosophie et de science politique, mais aussi ancien ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, pouvait avoir en tête les outrances de personnages au moins aussi galonnés que lui lorsque la répression des « gilets jaunes » (lire « Des violences policières aux violences judiciaires »), trop indolente à ses yeux, lui arracha — sur Radio Classique… — cette injonction aux gardiens de la paix : « Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois » contre « ces espèces de nervis, ces espèces de salopards d’extrême droite ou d’extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper du policier ». Puis M. Ferry songea à son déjeuner.

D’ordinaire, le champ du pouvoir se déploie en composantes distinctes et parfois concurrentes : hauts fonctionnaires français ou européens, intellectuels, patrons, journalistes, droite conservatrice, gauche modérée. C’est dans ce cadre aimable que s’opère une alternance calibrée, avec ses rituels démocratiques (élections puis hibernation). Le 26 novembre 1900 à Lille, le dirigeant socialiste français Jules Guesde disséquait déjà ce petit manège auquel la « classe capitaliste » devait sa longévité au pouvoir : « On s’est divisé en bourgeoisie progressiste et en bourgeoisie républicaine, en bourgeoisie cléricale et en bourgeoisie libre-penseuse, de façon à ce qu’une fraction vaincue pût toujours être remplacée au pouvoir par une autre fraction de la même classe également ennemie. C’est le navire à cloisons étanches qui peut faire eau d’un côté et qui n’en demeure pas moins insubmersible. » Il arrive cependant que la mer s’agite et que la stabilité du vaisseau soit menacée. Dans un tel cas, les querelles doivent s’effacer devant l’urgence d’un front commun.

Face aux « gilets jaunes », la bourgeoisie a effectué un mouvement de ce type. Ses porte-parole habituels, qui, par temps calme, veillent à entretenir l’apparence d’un pluralisme d’opinions, ont associé d’une même voix les contestataires à une meute de possédés racistes, antisémites, homophobes, factieux, complotistes. Mais surtout ignares. « “Gilets jaunes” : la bêtise va-t-elle gagner ? », interroge Sébastien Le Fol dans Le Point (10 janvier). « Les vrais “gilets jaunes”, confirme l’éditorialiste Bruno Jeudy, se battent sans réfléchir, sans penser » (BFM TV, 8 décembre). « Les bas instincts s’imposent au mépris de la civilité la plus élémentaire », s’alarme à son tour le roturier Vincent Trémolet de Villers (Le Figaro, 4 décembre).

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Youcef Korichi. – « Détail », 2012
Galerie Suzanne Tarasieve, Paris

Car ce « mouvement de beaufs poujadistes et factieux » (Jean Quatremer), conduit par une « minorité haineuse » (Denis Olivennes), est volontiers assimilé à un « déferlement de rage et de haine » (éditorial du Monde) où des « hordes de minus, de pillards » « rongés par leurs ressentiments comme par des puces » (Franz-Olivier Giesbert) donnent libre cours à leurs « pulsions malsaines » (Hervé Gattegno). « Combien de morts ces nouveaux beaufs auront-ils sur la conscience ? », s’alarme Jacques Julliard.

Inquiet lui aussi des « détestations nues et aveugles à leur propre volonté », Bernard-Henri Lévy condescend cependant à signer dans… Le Parisien une pétition, agrémentée des noms de Cyril Hanouna, Jérôme Clément et Thierry Lhermitte, pour inviter les « gilets jaunes » à « transformer la colère en débat ». Sans succès… Mais, Dieu soit loué, soupire Pascal Bruckner, « la police, avec sang-froid, a sauvé la République » contre les « barbares » et la « racaille cagoulée » (5).

D’Europe Écologie - Les Verts (EELV) aux débris du Parti socialiste, de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) aux deux animateurs de la matinale de France Inter (un « partenariat de l’intelligence », au dire de la directrice de la station), tout un univers social s’est retrouvé pour pilonner les personnalités politiques bienveillantes envers le mouvement. Leur tort ? Attenter à la démocratie en ne se montrant pas solidaires de la minorité apeurée. Comment contrer de tels gêneurs ? User d’une vieille ficelle : rechercher tout ce qui pourrait associer un porte-parole des « gilets jaunes » à un point de vue que l’extrême droite aurait un jour défendu ou repris. Mais, à ce compte-là, devrait-on aussi encourager les violences contre des journalistes au motif que Mme Marine Le Pen, dans ses vœux à la presse, voit en elles « la négation même de la démocratie et du respect de l’autre sans lequel il n’est pas d’échange constructif, pas de vie démocratique, pas de vie sociale » (17 janvier) ?

Jamais le sursaut du bloc bourgeois qui forme le socle électoral de M. Emmanuel Macron (6) ne s’est dévoilé aussi crûment que le jour où Le Monde a publié le portrait, empathique, d’une famille de « gilets jaunes », « Arnaud et Jessica, la vie à l’euro près » (16 décembre). Un millier de commentaires enragés ont aussitôt déferlé sur le site du journal. « Couple pas très futé… La vraie misère ne serait-elle pas, dans certains cas, plus culturelle que financière ? », estimait un lecteur. « Le problème pathologique des pauvres : leur capacité à vivre au-dessus de leurs moyens », renchérissait un second. « N’imaginez pas en faire des chercheurs, des ingénieurs ou des créateurs. Ces quatre enfants seront comme leurs parents : une charge pour la société », tranchait un troisième. « Mais qu’attendent-ils du président de la République ?, s’insurgeait un autre. Qu’il se rende chaque jour à Sens pour veiller à ce que Jessica prenne bien sa pilule ?! » La journaliste auteure du portrait chancela devant ce « déluge d’attaques » aux « accents paternalistes » (7). « Paternalistes » ? Il ne s’agissait pas, pourtant, d’une dispute de famille : les lecteurs d’un quotidien réputé pour sa modération sonnaient plutôt le tocsin d’une guerre de classes.

Clarification sociologique

Le mouvement des « gilets jaunes » marque en effet le fiasco d’un projet né à la fin des années 1980 et porté depuis par les évangélistes du social-libéralisme : celui d’une « République du centre » qui en aurait fini avec les convulsions idéologiques en expulsant les classes populaires du débat public comme des institutions politiques (8). Encore majoritaires, mais trop remuantes, elles devaient céder la place — toute la place — à la bourgeoisie cultivée.

Le « tournant de la rigueur » en France (1983), la contre-révolution libérale impulsée en Nouvelle-Zélande par le Parti travailliste (1984) puis, à la fin des années 1990, la « troisième voie » de MM. Anthony Blair, William Clinton et Gerhard Schröder, ont paru réaliser ce dessein. À mesure que la social-démocratie se lovait dans l’appareil d’État, prenait ses aises dans les médias et squattait les conseils d’administration des grandes entreprises, elle reléguait aux marges du jeu politique son socle populaire d’autrefois. Aux États-Unis, on s’étonne à peine que, devant une assemblée de pourvoyeurs de fonds électoraux, Mme Hillary Clinton range dans le « panier des gens pitoyables » les soutiens populaires de son adversaire.

Mais la situation française est à peine meilleure. Dans un livre de stratégie politique, M. Dominique Strauss-Kahn, un socialiste qui a formé nombre de proches du président français actuel, expliquait il y a déjà dix-sept ans que la gauche devait dorénavant reposer sur « les membres du groupe intermédiaire, constitué en immense partie de salariés, avisés, informés et éduqués, qui forment l’armature de notre société. Ils en assurent la stabilité, en raison (…) de leur attachement à l’“économie de marché” ». Quant aux autres — moins « avisés » —, leur sort était scellé : « Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence » (9).

On ne se préoccuperait donc plus de ces populations qu’une fois tous les cinq ans, en général pour leur reprocher les scores de l’extrême droite. Après quoi, elles retourneraient au néant et à l’invisibilité — la sécurité routière n’exigeant pas encore de tous les automobilistes la possession d’un gilet jaune.

La stratégie a fonctionné. Les classes populaires se trouvent exclues de la représentation politique. Déjà faible, la part des députés ouvriers ou employés a été divisée par trois depuis cinquante ans. Exclues également du cœur des métropoles : avec 4 % de nouveaux propriétaires ouvriers ou employés chaque année, le Paris de 2019 ressemble au Versailles de 1789. Exclues, enfin, des écrans de télévision : 60 % des personnes qui apparaissent dans les émissions d’information appartiennent aux 9 % d’actifs les plus diplômés (10). Et, aux yeux du chef de l’État, ces classes populaires n’existent pas, l’Europe n’étant pour lui qu’un « vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel (11)  ». Seulement voilà : ce monde social oblitéré, décrété rétif à l’effort scolaire, à la formation, et donc responsable de son sort, a resurgi sous l’Arc de triomphe et sur les Champs-Élysées (voir « Une carte qui dérange »). Confondu et consterné, le conseiller d’État et constitutionnaliste Jean-Éric Schoettl n’eut plus qu’à diagnostiquer sur le site Internet du Figaro (11 janvier 2019) une « rechute dans une forme primitive de lutte des classes ».

Brouillage idéologique

Si le projet d’escamoter du champ politique la majorité de la population tourne à la bérézina, un autre chapitre du programme des classes dirigeantes, celui qui visait à brouiller les repères entre droite et gauche, connaît en revanche une fortune inespérée. L’idée initiale, devenue dominante après la chute du mur de Berlin, en 1989, consistait à repousser aux marges discréditées des extrêmes toute position mettant en cause le « cercle de la raison » libérale — une expression de l’essayiste Alain Minc. La légitimité politique ne reposerait plus alors sur une manière de voir le monde, capitaliste ou socialiste, nationaliste ou internationaliste, conservatrice ou émancipatrice, autoritaire ou démocratique, mais sur la dichotomie entre raisonnables et radicaux, ouverts et fermés, progressistes et populistes. Le refus de distinguer droite et gauche, un refus que les professionnels de la représentation reprochent aux « gilets jaunes », reproduit en somme au sein des classes populaires la politique de brouillage poursuivie depuis des décennies par le bloc bourgeois.

Cet hiver, les revendications de justice fiscale, d’amélioration du niveau de vie et de refus de l’autoritarisme du pouvoir occupent bien le devant de la scène, mais la lutte contre l’exploitation salariale et la mise en accusation de la propriété privée des moyens de production en sont largement absentes. Or ni le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, ni le retour aux 90 kilomètres à l’heure sur les routes secondaires, ni le contrôle plus strict des notes de frais des élus, ni même le référendum d’initiative citoyenne (lire « Qui a peur de l’initiative citoyenne ? ») ne remetttent en cause la subordination des salariés dans l’entreprise, la répartition fondamentale des revenus ou le caractère factice de la souveraineté populaire au sein de l’Union européenne et dans la mondialisation.

Bien évidemment, les mouvements apprennent en marchant ; ils se fixent de nouveaux objectifs à mesure qu’ils perçoivent des obstacles imprévus et des occasions inespérées : au moment des états généraux, en 1789, les républicains n’étaient en France qu’une poignée. Marquer sa solidarité avec les « gilets jaunes », c’est donc agir pour que l’approfondissement de leur action continue à se faire dans le sens de la justice et de l’émancipation. En sachant toutefois que d’autres œuvrent à une évolution inverse et escomptent que la colère sociale profitera à l’extrême droite dès les élections européennes de mai prochain.

Un tel aboutissement serait favorisé par l’isolement politique des « gilets jaunes », que le pouvoir et les médias s’emploient à rendre infréquentables en exagérant la portée de propos ou d’actes répréhensibles mais isolés. L’éventuelle réussite de cette entreprise de disqualification validerait la stratégie suivie depuis 2017 par M. Macron, qui consiste à résumer la vie politique à un affrontement entre libéraux et populistes (12). Une fois ce clivage imposé, le président de la République pourrait amalgamer dans un même opprobre ses opposants de droite et de gauche, puis associer toute contestation intérieure à l’action d’une « Internationale populiste » où, en compagnie du Hongrois Viktor Orbán et de l’Italien Matteo Salvini, se côtoieraient selon lui des conservateurs polonais et des socialistes britanniques, des Insoumis français et des nationalistes allemands.

Le président français devra néanmoins résoudre un paradoxe. Appuyé sur une base sociale étroite, il ne pourra mettre en œuvre ses « réformes » de l’assurance-chômage, des retraites et de la fonction publique qu’au prix d’un autoritarisme politique renforcé, répression policière et « grand débat sur l’immigration » à l’appui. Après avoir sermonné les gouvernements « illibéraux » de la planète, M. Macron finirait ainsi par en plagier les recettes…

Serge Halimi & Pierre Rimbert

(1) « L’info du vrai », Canal Plus, 13 décembre 2018.

(2Cf. Louis Bodin et Jean Touchard, Front populaire, 1936, Armand Colin, Paris, 1961.

(3) Auguste Romieu, Le Spectre rouge de 1852, Ledoyen, Paris, 1851, cité dans Christophe Ippolito, « La fabrique du discours politique sur 1848 dans L’Éducation sentimentale », Op. Cit., no 17, Pau, 2017.

(4) Paul Lidsky, Les Écrivains contre la Commune, La Découverte, Paris, 1999 (1re éd. :1970).

(5) Respectivement : Twitter, 29 décembre 2018 ; Marianne, Paris, 9 janvier 2019 et 4 décembre 2018 ; Le Point, Paris, 13 décembre 2018 et 10 janvier 2019 ; Le Journal du dimanche, Paris, 9 décembre 2018 ; Le Figaro, Paris, 7 janvier 2019 ; Le Point, 13 décembre 2018 ; Le Parisien, 7 décembre 2018 ; Le Figaro, 10 décembre 2018.

(6) Lire Bruno Amable, « Majorité sociale, minorité politique », Le Monde diplomatique, mars 2017, et, du même auteur, avec Stefano Palombarini, L’Illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français, Raisons d’agir, Paris, 2017.

(7) Faustine Vincent, « Pourquoi le quotidien d’un couple de “gilets jaunes” dérange une partie de nos lecteurs », Le Monde, 20 décembre 2018.

(8) Lire Laurent Bonelli, « Les architectes du social-libéralisme », Le Monde diplomatique, septembre 1998.

(9) Dominique Strauss-Kahn, La Flamme et la Cendre, Grasset, Paris, 2002. Lire Serge Halimi, « Flamme bourgeoise, cendre prolétarienne », Le Monde diplomatique, m5728502.

(10) « Baromètre de la diversité de la société française. Vague 2017 » (PDF), Conseil supérieur de l’audiovisuel, Paris, décembre 2017.

(12) Lire « Libéraux contre populistes, un clivage trompeur », Le Monde diplomatique, septembre 2018.

Soutien à l’Humanité

1 février 2019

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Pour soutenir L’Huma, c’est par ici :

https://www.donspep.caissedesdepots.fr/?journal=huma

Soutien à L’Humanité !

mercredi 30 janvier 2019

https://www.acrimed.org/Soutien-a-L-Humanite?fbclid=IwAR10ThdnuQ9KdvPcr58-sfBgN0Zm7NhRsaeGFbLYwHLQZcHcMXhnZw9WQig

Il y a quelques jours, contraint par de lourdes difficultés financières, le quotidien L’Humanité a été placé sous protection du tribunal de commerce de Bobigny. Aujourd’hui, 30 janvier, ce dernier doit rendre sa décision concernant l’avenir du journal. Notre association Acrimed affirme tout son soutien au quotidien et à l’ensemble de ses salariés, engagés dans un combat essentiel pour le pluralisme. Un appel aux dons a été lancé dans le cadre d’une « mobilisation générale », dont nous reproduisons ci-dessous la déclaration, suivie du communiqué de la section syndicale SNJ-CGT du quotidien, et de celui du SNJ. Cette mobilisation débouchera sur une soirée de soutien le 22 février à la Bellevilloise (19-21, rue Boyer), à Paris.

« Mobilisation générale pour L’Humanité » : l’appel du quotidien

Depuis plusieurs mois, nous ne cessons d’alerter sur les lourdes difficultés financières qu’affronte l’Humanité. Nous n’avons ménagé aucun effort pour les surmonter. Les lectrices et les lecteurs se sont levés en masse. En quelques semaines, plus d’un million d’euros ont été collectés grâce à leur si précieux engagement. Une nouvelle fois nous remercions celles et ceux qui y ont déjà participé et ceux qui s’apprêtent à le faire.

Cependant, nos actions n’ont pas permis jusque-là d’atteindre nos objectifs. Nous avons continué de nous heurter au refus de la mise en œuvre du plan global élaboré sous l’égide de l’État depuis la fin de l’année 2016. Aucune banque n’a voulu à cette heure s’engager à nos côtés. Dès la fin de la période des états généraux de la presse en 2015, un million d’euros ont été retirés à l’Humanité au titre de quotidien à faibles ressources publicitaires quand d’autres y accédaient sans augmentation des budgets du ministère de la Culture et de la Communication. Ces éléments ont contribué à dégrader la trésorerie de l’Humanité, notamment durant l’été dernier, alors que nous continuions à nous battre pour mettre en œuvre ce plan global. Malgré nos tenaces efforts, jusqu’aux premiers jours du mois de janvier, rien ne s’est produit.

C’est dans ces conditions que l’Humanité a été placée sous protection du tribunal de commerce la semaine dernière. Celui-ci statuera sur l’avenir de l’entreprise lors d’une audience qui se tiendra mercredi 30 janvier. Nous plaidons la continuité de l’exploitation de l’Humanité.

Il ne s’agit pas d’abord d’un enjeu comptable. C’est une question politique de premier ordre qui interroge une société soucieuse de l’expression du pluralisme des idées, de la démocratie. Au moment où tant de débats et d’inquiétudes s’expriment sur les « fabriques » de « fausses nouvelles », laisser mourir l’Humanité reviendrait à affaiblir la presse de qualité et à assécher encore plus le débat contradictoire. Au moment où les médias connaissent une telle crise de confiance, l’engagement constant de l’Humanité aux côtés des travailleurs, des milieux populaires, des « invisibles », des penseurs qui contestent le système, des créateurs qui portent haut la culture constitue un atout pour le journalisme et un atout pour l’exercice de la citoyenneté.

C’est aussi un enjeu de souveraineté pour le pays au moment où plusieurs journaux nationaux viennent ces derniers temps d’être rachetés ou recapitalisés par des groupes industriels et financiers étrangers qui lorgnent sur des activités productives de la France.

Il existe un chemin pour que vive et se développe l’Humanité. Durant l’année 2018, le nombre d’abonnés à l’Humanité et l’Humanité Dimanche a progressé et les ventes en kiosque en novembre et décembre sont bonnes. Le nombre d’utilisateurs de la plateforme numérique progresse. La Fête de l’Humanité a été un succès populaire et culturel.

Nous appelons aujourd’hui à une mobilisation exceptionnelle pour réussir.

Une multiplicité d’actions de solidarité peut être engagée dans les villes et villages, dans les entreprises, dans les universités : collecte de fonds, débats, banquets de soutien, animations de rue, campagne pour faire découvrir nos journaux…

Nous lancerons dans les prochains jours une grande campagne d’abonnements de parrainage sous le thème « À chaque lectrice et lecteur son nouvel abonné » à l’Humanité Dimanche et à l’Humanité des débats du vendredi, pour deux mois au prix de 27 euros.

Nous proposons aux élus progressistes et républicains de contribuer à donner leur juste place à nos journaux dans les bouquets de presse des bibliothèques et médiathèques, comme dans les lieux d’accueil au public.

Nous appelons l’État à prendre de nouvelles initiatives pour défendre le pluralisme de la presse, à augmenter l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires, à ne pas démanteler les fondements de la loi Bichet de distribution de la presse.

Dès maintenant, nous plaçons l’Humanité sous protection populaire et citoyenne.

Dans ce cadre, une grande soirée de mobilisation et de solidarité pour l’Humanité aura lieu le vendredi 22 février à la salle la Bellevilloise, à Paris. Une multitude de personnalités ont déjà annoncé leur participation en faveur de cette mobilisation.

Une grande bataille pour sauvegarder et développer l’Humanité doit s’engager. Une des composantes historiques de la presse française ne saurait disparaître.

Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité

« Mobilisation pour L’Humanité » : le communiqué de la section SNJ-CGT de L’Humanité

Saint Denis, le 26 Janvier 2019

L’Humanité est un bien précieux. Précieux pour les citoyens pour comprendre le monde et avoir les moyens de le transformer. Précieux pour ceux qui souffrent de l’oppression. Précieux pour ceux qui luttent au quotidien contre les injustices, les inégalités et les discriminations. Un bien précieux qui occupe une place singulière, celle du dernier quotidien indépendant des grands groupes.

En 2019, ce bien précieux est en danger comme jamais. Les mutations technologiques dans la presse, le changement des habitudes de lecture mais aussi le besoin d’innovation éditoriale exigent des moyens.

Devant l’impossibilité de faire face à d’importantes difficultés financières, l’Humanité s’est placée sous protection du Tribunal de commerce de Bobigny. Une audience aura lieu le 30 janvier pour décider de l’avenir de l’entreprise et d’une procédure de continuation de l’exploitation.

Nous sommes convaincus que notre journal joue un rôle singulier dans le paysage médiatique.

Les salariés de l’Humanité savent ce qu’ils doivent aux lecteurs et à leur soutien indéfectible. Nous sommes résolus pour notre part à nous battre pour que le journal fondé par Jean Jaurès continue de remplir sa mission en 2019. Ce sont de nouveaux défis qu’il nous faut relever. Nous y sommes prêts. Mais le pluralisme de la presse est un enjeu démocratique, et l’État doit prendre ses responsabilités pour l’assurer. Nous sommes convaincus que notre journal joue un rôle singulier dans le paysage médiatique.

Chaque jour nous avons à cœur de faire entendre cette voix singulière et de la faire vivre avec nos lecteurs. Aujourd’hui, l’Humanité a besoin de la mobilisation de tous. Nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs démocratiques et républicaines, tous ceux qui portent haut les valeurs de justice sociale à se joindre à nous pour écarter les menaces.

Souscrivez, faites un don, abonnez-vous ou abonnez vos proches, achetez nos journaux en kiosque, partagez ses articles et vidéos sur les réseaux…

Et venez nombreux porter cette voix lors des Six heures pour L’Humanité, le 22 février à la Bellevilloise.

Comme toujours, notre nombre fera notre force.

« L’Humanité est un bien commun » : le communiqué du SNJ

Le tribunal de Commerce de Bobigny doit se prononcer ce mercredi sur l’avenir de la Société Nouvelle du journal L’Humanité. Pour le Syndicat national des journalistes, et notamment sa section syndicale implantée à L’Humanité, la voie de la continuation de l’activité, défendue par la direction comme par les représentants des salariés, doit être l’occasion d’un sursaut collectif qui permette la construction d’un modèle économique et éditorial innovant pour le journal de Jaurès.

Premier syndicat de la profession, le SNJ soutient la démarche et le combat des salariés, déterminés à sortir L’Humanité d’une logique de survie permanente, pour enfin lui permettre de bâtir et consolider sa pérennité. Alors que les plans stratégiques accumulés ces dernières années par la direction du journal, axés sur la baisse continue de la masse salariale et des moyens alloués aux reportages, n’ont pas trouvé les débouchés escomptés, seule l’ambition d’un enrichissement éditorial, par l’amélioration des contenus et de la diffusion, rendra L’Humanité plus indispensable encore au débat démocratique.

Autant de chantiers qui ne peuvent se passer d’une réflexion commune à l’ensemble des équipes de L’Huma, trop peu consultées jusqu’ici, mais qui doit aussi s’ouvrir aux énergies extérieures. L’afflux de témoignages de soutien ces derniers jours le démontre : une réelle recapitalisation populaire, qui dépasse le simple appel aux dons, est possible.

L’Humanité jouit d’une sympathie et d’un engagement à nuls autres pareils de la part de ses lecteurs, qu’ils soient militants politiques, associatifs, intellectuels, artistes ou simples citoyens attachés au pluralisme des médias. A travers le statut d’entreprise solidaire de presse que le journal a adopté depuis 2016 ou via d’autres canaux à inventer, ces amis et ces soutiens de L’Humanité auraient toute leur place comme actionnaires du journal, afin de mettre enfin réellement et durablement le journal sous protection populaire.

Sans dédouaner l’Etat qui, à travers un régime d’aides à la presse rééquilibré revendiqué par le SNJ, doit préserver et développer le pluralisme, il s’agit de générer une dynamique collective permettant d’apporter les fonds nécessaires à la survie de L’Humanité, et de garantir un meilleur partage du pouvoir entre les propriétaires d’un titre qui, dans les faits, n’appartient à personne, ou mieux : il appartient à tous ceux qui veulent croire toujours à l’émancipation collective, à la justice sociale et à la paix dans le monde. Fondée par Jean Jaurès en 1904, L’Humanité n’est pas qu’un monument en péril du patrimoine de la presse française et mondiale. L’Humanité est un bien commun.

Pour soutenir L’Humanité :
- Participez à la souscription
- Abonnez-vous
- « Six heures pour L’Humanité », rendez-vous à la grande soirée de soutien organisée le vendredi 22 février à la Bellevilloise (19-21, rue Boyer, Paris 20e), à Paris.

Recadrage!!!

1 février 2019

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Les inégalités : terreau de la colère des gilets jaunes

24 janvier 2019

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https://www.oxfamfrance.org/actualite/les-inegalites-terreau-de-la-colere-des-gilets-jaunes/

Les revendications des gilets jaunes sont multiples, disparates parfois contradictoires et certains de leur mode d’expression très contestables. Mais les manifestants et celles et ceux qui les soutiennent partagent une colère commune : les inégalités en France sont devenues insupportables car elles enferment les plus pauvres dans la précarité sans perspective d’en sortir.

Les inégalités ne sont pourtant pas une fatalité

Au-delà de la question de la taxation du carburant et du rejet d’un impôt auquel ils estiment  contribuer sans constater d’amélioration de leur qualité de vie en retour, c’est bien un profond sentiment d’injustice qui s’exprime. Le sentiment que la minorité des plus aisés ne payent pas autant d’impôt qu’elle devrait, pendant qu’une majorité paye le prix fort. Le sentiment que les politiques publiques ne permettent pas d’améliorer les conditions de vie des plus pauvres et de réduire les inégalités.

Oxfam dresse ce constat des inégalités depuis des années et pousse les responsables politiques à agir contre ce fléau qui menace la lutte contre pauvreté, mine la cohésion sociale et nuit à la prospérité de tous. Les inégalités ne sont pas une fatalité, il existe des solutions pour les combattre. En France, trois mesures prioritaires permettraient de répondre à la colère actuelle :

  • Rétablir un impôt sur la fortune (ISF) et stopper l’augmentation des impôts injustes comme la TVA et la CSG ;
  • Réduire significativement les écarts de salaires au sein des entreprises ;
  • Prendre des mesures décisives contre l’évasion fiscale – manque à gagner considérable pour financer des services publics de qualité – en commençant par établir une liste crédible des paradis fiscaux.

Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé

La France n’échappe pas à la crise mondiale des inégalités. Le fossé entre les plus riches et les plus pauvres est profond. 10 % des Français les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses du pays. La France est le pays au monde où les entreprises cotées en bourse reversent la plus grande part de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires et le deuxième pays au monde avec la plus forte progression des millionnaires en 2018.

La réforme fiscale mise en œuvre par Emmanuel Macron fin 2017 ne va faire qu’accélérer cette tendance, en réduisant dans des proportions inédites les impôts des Français les plus aisés et des grandes entreprises.

Il y a un an, Oxfam publiait en effet un rapport sur l’impact de la réforme fiscale sur les inégalitéset révélait que les 10 % les plus riches devraient bénéficier d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres, pendant que les contributions fiscales des entreprises seraient largement réduites alors que leurs bénéfices explosent.

La suppression de l’ISF (impôt sur la fortune), la mise en place de la « flat tax » (plafonnement de la taxation du capital à 30 %), l’augmentation de la CSG, la réduction de l’impôt sur les sociétés, sont des mesures qui bénéficient uniquement aux Français très aisés et qui privent l’Etat de ressources essentielles pour investir dans des services publics de qualité :

  • La suppression de l’ISF coûtera au moins 3,2 milliards d’euros chaque année à l’Etat, c’est plus de 8 fois le montant de la baisse des APL (aides au logement).
  • La mise en place d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur le capital (ou flat tax) devrait coûter 4 milliards d’euros à l’Etat, soit presque autant que la baisse annuelle prévue dans le budget du logement à l’horizon 2019.
  • La baisse de l’impôt sur les sociétés de 33 % à 25 % pourrait à terme diviser par deux les recettes de l’impôt sur les sociétés et coûter entre 15 et 17 milliards d’euros par an à l’Etat français.

Nous montrions aussi une augmentation forte et continue depuis 20 ans des impôts dit régressifs –   la TVA et de la CSG – car touchant en plus forte proportion les ménages les plus pauvres, et dans le même temps une réduction considérable des impôts progressifs –  comme l’impôt sur les sociétés, et la suppression des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu.

En savoir plus sur le rapport Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé.

Les 1% des plus riches : de loin les grands gagnants de la politique fiscale actuelle

Le diagnostic d’Oxfam a été confirmé par une étude récente de l’Institut des politiques publiques (IPP). Le graphique ci-dessous est saisissant. Les ultras-riches – les 1 % –  sont de loin les grands gagnants de la politique fiscale d’Emmanuel Macron. Et à l’extrémité, les ménages les plus modestes sont les grands sacrifiés : familles monoparentales (des femmes travailleuses pauvres essentiellement), étudiants dont un sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, chômeurs, petits retraités, etc. que l’on condamne à ne pouvoir sortir de leur précarité.Les inégalités : terreau de la colère des gilets jaunes dans Presse IPP-r%C3%A9forme-budg%C3%A9taire_Macron_France-2017-1

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La lutte contre les inégalités : grande cause d’Emmanuel Macron. Vraiment ?

Le système fiscal est l’un des outils les plus efficaces à disposition des Etats pour réduire les écarts de richesses. Pour cela il faut que fiscalité soit progressive : chacun doit contribuer à sa juste part, plus vous êtes riche, plus vous pouvez être mis à contribution et plus vous devriez l’être. Ainsi on revient au rôle premier de l’impôt : redistribuer les richesses entre les plus riches et les plus pauvres, financer des services publics de qualité, indispensables dans la lutte contre les inégalités, et sortir 8,8 millions de personnes de la pauvreté.

Les grandes entreprises ont également un rôle à jouer pour réduire les inégalités. Il est indispensable que les grandes entreprises partagent mieux les richesses qu’elles créent entre dirigeants, salariés et actionnaires. Les versements record de dividendes, les écarts vertigineux de salaires et l’évasion fiscale alimentent gravement une spirale infernale des inégalités.

Enfin, la justice fiscale c’est s’attaquer efficacement à l’évasion fiscale, manque à gagner considérable – entre 60 et 80 milliards d’euros par an en France –  pour assurer des services publics essentiels comme la santé, l’éducation, les transports. Quand les multinationales et les grandes fortunes ne paient pas leur juste part d’impôts, l’impact n’est pas seulement financier, il est également humain.

Face à la colère et à la mobilisation des gilets jaunes, des solutions concrètes existent pour lutter contre les inégalités

Le Gouvernement se trouve désormais à un tournant et doit faire le choix d’une politique fiscale et de décisions économiques au service du plus grand nombre, des plus pauvres, des classes moyennes, des zones rurales, des territoires d’Outre-mer et non d’une infime minorité !

Oxfam formule aujourd’hui trois demandes prioritaires auprès du Gouvernement et du président de la République :

  • Rétablir un impôt sur la fortune (ISF) et stopper l’augmentation des impôts injustes comme la TVA et la CSG ;
  • Réduire significativement les écarts de salaires au sein des entreprises ;
  • Prendre des mesures décisives contre l’évasion fiscale – manque à gagner considérable pour financer des services publics de qualité – en commençant par établir une liste crédible des paradis fiscaux.

bilan de deux mois de violences policières

24 janvier 2019

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Le terrible bilan de deux mois de violences policières

19 janvier 2019 / Émilie Massemin (Reporterre)

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Le terrible bilan de deux mois de violences policières

Depuis le début de la mobilisation Gilets jaunes, plusieurs recensements font état d’au moins 97 blessés graves par les armes de la police, dont quatre ont eu la main arrachée et au moins quatorze ont perdu un oeil. La faute aux lanceurs de balle de défense, aux grenades GLI-F4 et à une doctrine de maintien de l’ordre ultraviolente.

« J’étais en train de filmer avec mon téléphone portable aux Champs-Élysées quand il y a eu un mouvement de foule. J’ai reculé et j’ai senti cette balle de Flash-Ball percuter ma tête. J’ai eu l’impression que ma joue droite éclatait. » Axelle Marquise, 28 ans, a été blessée par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) le samedi 8 décembre à Paris, lors d’une manifestation des Gilets jaunes. C’était la première fois de sa vie que cette serveuse à Six-Fours (Var) descendait dans la rue. Les examens médicaux diagnostiqueront une brûlure au deuxième degré, un hématome majeur, une double fracture de la mâchoire et un trismus – contraction constante des muscles de la mâchoire qui l’empêche d’ouvrir la bouche de plus d’un centimètre. « Je dois manger liquide pendant six semaines. J’ai déjà perdu six kilos. Après le rendez-vous le 29 janvier avec la chirurgienne pour vérifier que la fracture est bien réduite, je devrai faire je ne sais combien de séances de kiné pour soigner le trismus. Quand je pourrai enfin ouvrir la bouche, il faudra voir les dégâts au niveau des dents. J’ai perdu un bout de la molaire au fond à droite et je sens que quelque chose ne va pas », décrit-elle à Reporterre.

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Axelle Marquise, 28 ans, serveuse à Six-Fours (Var), a été blessée le samedi 8 décembre aux Champs-Elysées, à Paris. Elle souffre d’une brûlure au deuxième degré sur la joue droite, d’un hématome majeur et d’une double fracture de la mâchoire.

La jeune femme s’est vue prescrire dix jours d’incapacité totale de travail (ITT). Pourtant, elle dit avoir eu « énormément de chance » par rapport aux autres blessés qui témoignent avec elle dans une vidéo. Celle-ci a été mise en ligne le 15 janvier par le collectif des « Mutilés pour l’exemple » (attention, images très choquantes). On y voit les cicatrices de Thomas, qui a lui aussi pris un tir de LBD en plein visage. Bilan, « 25 points de suture, une fracture du sinus, la lèvre tuméfiée et l’œil gauche touché ». Et le moignon d’Antoine, 26 ans, qui a eu la main droite arrachée par une grenade GLI-F4.

Dans un courriel adressé à Reporterre le 17 janvier, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé depuis le 17 novembre « 1.800 blessés parmi les manifestants et un millier de blessés parmi les forces de l’ordre » - dont les trois-quarts, selon Le Journal du dimanche, n’auraient pas donné lieu à un arrêt de travail. Ces chiffres ne disent rien de la gravité des blessures. Le 5 décembre, Reporterre recensait trois mains arrachées par des grenades GLI-F4, des blessures à la tête causées par des tirs de LBD et le décès de Zineb Redouane, 80 ans, à Marseille, après qu’une grenade ait été tirée dans son appartement.

97 blessés graves depuis le 17 novembre

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Affiche des blessés lors de l’acte 9 des Gilets jaunes, le 12 janvier 2019, à Lille.

Depuis 2012, le collectif contre les violences d’État « Désarmons-les ! » tient la sinistre comptabilité des blessés graves et tués par la police. « Nous parlons de blessure grave dès lors qu’il y a plaie ouverte avec fracture, traumatisme crânien, perte d’un membre, rupture d’un organe ou blessure à la tête. Les informations nous viennent des réseaux sociaux, de membres du réseau et d’avocats engagés dans la lutte contre les violences policières, explique à Reporterre Ian B., membre du collectif. Quand une information nous parvient, nous demandons confirmation aux proches de la victime ainsi que plusieurs photos à différents stades de la guérison avant de la verser à la liste. » Dans un bilan provisoire mis en ligne le 4 janvier, le collectif dénombrait 97 blessés graves depuis le 17 novembre. « Quasiment les trois quarts ont été blessés à la tête » et plusieurs ont été définitivement mutilés : quatre ont eu une main arrachée, une personne est devenue sourde suite à l’explosion d’une grenade et dix-sept personnes ont été éborgnées.

Le journaliste indépendant David Dufresne a quant à lui entrepris de signaler blessures et violences les plus graves sur son fil Twitter et au ministère de l’Intérieur. Quand Reporterre l’a rencontré, mercredi 16 janvier, il avait déjà rédigé 307 « signalements »« La plupart concernent des blessures. D’autres, des manquements à la déontologie ou un non-respect des règles qui sont la matrice de la blessure. Toutes les blessures à la tête causées par des LBD et des Flash-Ball sont interdites, puisque les policiers ne sont pas autorisés à viser la tête et les parties génitales. Les tabassages ne sont pas autorisés non plus. Cette centaine de blessés graves et ce millier de blessés légers sont déshonorants. »

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David Dufresne

✔@davduf

allo @Place_Beauvau – c’est pour un signalement – 311

Lionel, dans le dos., Paris.

Témoignage par email.

187 personnes parlent à ce sujet

Le quotidien Libération s’est appuyé sur ces travaux pour établir son propre recensement « non exhaustif ». Bilan le 15 janvier : 94 blessés graves, dont 69 par des tirs de LBD. Et au moins 14 personnes éborgnées.

Plus de blessés graves par la police en deux mois qu’en vingt ans

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Un policier vise le journaliste Simon Louvet à Rouen le 29 décembre 2018.

Chez ces observateurs, c’est l’effroi qui prime. « J’ai entrepris ce travail à cause d’un sentiment de sidération devant les images de violences policières et le déni politique et médiatique de ces violences, explique David Dufresne, qui avait publié en 2013 un livre d’enquête intitulé Maintien de l’ordre (éd. Fayard). Avec les Gilets jaunes, on a battu les records des mobilisations contre le CIP en 1994, contre le plan Juppé en 1995 et contre le CPE en 2006. Il faut remonter à Mai 68 pour déplorer un tel bilan. Certes, en Mai 68, il y avait eu des morts. Mais là aussi, une dame de 80 ans est morte à Marseille. Une enquête doit établir s’il s’agit d’une victime collatérale, mais elle reste une victime. »

Même sentiment d’aggravation du côté de Désarmons-les : « Le collectif est né en 2012, quand nous nous sommes rendus compte que des manifestants étaient blessés par les armes de la police et notamment les grenades utilisées depuis les années 2000, raconte Ian B. En février 2014, trois personnes ont été éborgnées à Nantes lors d’une manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Le nombre de blessés a grimpé en flèche au moment de la mort de Rémi Fraisse à Sivens en octobre 2014, des mobilisations contre la « loi travail » en 2016 et de l’expulsion de la Zad de Notre-Dame-des-Landes en 2018. » Mais la mobilisation des Gilets jaunes fait exploser les compteurs. « Entre 1999 et le 17 novembre 2018, soit environ vingt ans, nous avons recensé 53 blessés graves, dont un grand nombre en-dehors de manifestations. Depuis le 17 novembre, nous en sommes à 97 blessés graves, quasiment tous en manifestations. »

Comment en est-on arrivé là ? En juillet 2017, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) dénonçait dans une note adressée au Défenseur des droits un « tournant majeur dans la doctrine française du maintien de l’ordre » depuis le début des années 2000, avec « le développement des logiques d’interpellation d’une part et la transformation de l’armement d’autre part »« Allant de pair avec une logique chiffrée de l’action policière, le nombre d’interpellations est devenu un enjeu des opérations de maintien de l’ordre, peut-on y lire. Une interpellation implique un rapprochement au corps à corps, et donc, de facto, un abandon de la logique de mise à distance. »L’évolution de l’armement s’est traduite par l’essor des armes de force intermédiaire – lanceurs de balle de défense dont le LBD 40, grenades lacrymogènes instantanées GLI-F4 et grenades de désencerclement –, à l’origine de la plupart des blessures graves en manifestation ces dernières années. A noter que seule la France utilise ces armements : ni l’Allemagne, ni le Royaume-Uni, ni la Belgique n’utilisent de grenades à effet de souffle type GLI-F4 et de LBD.

Le maintien de l’ordre en France, « une exception française »

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Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et son secrétaire d’État, Laurent Nunez (à sa droite), le 5 janvier 2019.

Cette évolution néfaste s’est faite avec la complicité du politique. Dans leur article « Un splendide isolement. Les politiques françaises du maintien de l’ordre », les sociologues Olivier Fillieule et Fabien Jobard s’intéressent à « la certitude, largement entretenue par policiers et gendarmes, que le maintien de l’ordre ’à la française’ est d’excellence et qu’il est prisé dans le monde entier. Cela fut peut-être vrai par le passé, mais ce n’est plus le cas. » En outre, « cette difficulté à se remettre en question s’adosse à un discours sur les spécificités de la situation française avec l’idée que les casseurs sont d’une détermination jamais vue auparavant et que l’on bascule dans un cycle inédit de violence (…). Le politique se contente de reprendre à son compte les déclarations des principaux syndicats de police, selon lesquels la violence de l’adversaire exonère le dispositif de maintien de l’ordre. (…) Se laissant convaincre par les arguments policiers sur la ’violence extrême’ des adversaires, les ministres de l’Intérieur par cette seule posture s’empêchent tout examen au fond de l’action policière. » La déclaration de Christophe Castaner le 16 janvier à Carcassonne, illustre bien ce soutien sans faille : « Moi, je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des Gilets jaunes. Par contre, je connais des policiers et des gendarmes qui utilisent des moyens de défense de la République, de l’ordre public. »

Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la multiplication des blessures causées par les violences policières et réclamer l’interdiction des armes de force intermédiaire. Le 1er décembre, six avocats écrivaient à M. Castaner pour lui demander l’interdiction des grenades GLI-F4. Le 7 décembre, environ 200 personnalités, dont des élus de gauche, des sociologues, des historiens et des écrivains, appelaient à cesser « immédiatement » l’usage des LBD en manifestation. Le 14 décembre, c’était au tour d’Amnesty international de prendre la plume. Le 17 janvier, le Défenseur des droits Jacques Toubon réclamait une nouvelle fois la suspension de l’usage des LBD.

Il avait déjà préconisé l’interdiction des lanceurs de balle de défense dans un rapportremis le 10 janvier 2018 à l’Assemblée nationale. « Au cours d’une manifestation où, par définition, les personnes visées sont généralement groupées et mobiles, le point visé ne sera pas nécessairement le point touché et la personne visée pourra ne pas être celle atteinte »y lit-on« Par ailleurs, le caractère “non létal” des armes de force intermédiaire conduit en pratique les agents à les utiliser avec moins de précautions que les armes traditionnelles. Comme le relève Cédric Moreau de Bellaing, sociologue, l’introduction “des armes sublétales a plus d’effets délétères que positifs”  car elles induisent “l’absolue certitude qu’au pire on amochera mais qu’on ne tuera pas” , ce qui explique qu’“on les utilise plus souvent” », poursuit le Défenseur des droits.

« Les victimes sont issues de toutes les franges de la population »

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Portraits des victimes policières lors des manifestation des Gilets jaunes, réalisé le 28 décembre 2018.

L’explosion du nombre de blessés joue dans la prise de conscience, mais pas seulement. Avec les Gilets jaunes, le profil des victimes a changé ; plus possible de mettre en avant l’image de « casseurs », « anarchistes » ou « zadistes » qui, quelque part, « l’auraient bien cherché ». « Les victimes ne sont plus issues du monde militant mais de toutes les franges de la population », observe David Dufresne. « Ce sont des citoyens ordinaires, des gens qui travaillent et qui ont une famille, et qui pour beaucoup descendent dans la rue pour la première fois pour défendre leurs droits », confirme Ian B, de Désarmons-les. « Avant d’aller en manifestation, je me disais que les personnes blessées avaient elles-mêmes commis des violences. Je ne pensais pas qu’un manifestant lambda pouvait se faire tirer dessus, témoigne Axelle Marquise. Mais aujourd’hui, quand je vois les images de Fiorina, 20 ans, qui a perdu un œil à cause d’un tir de Flash-Ball, j’ai des frissons dans tout le corps et les larmes aux yeux : comment une fille si jeune, qui allait à sa première manif, a-t-elle pu être mutilée de cette manière ? »

La riposte judiciaire s’amorce. Le 11 janvier, l’Inspection générale de la police nationale avait été saisie de 207 signalements pour des dénonciations de violences policières, dont 71 enquêtes judiciaires et une enquête administrative, depuis le début du mouvement. 25 réclamations sont actuellement en cours de traitement par le Défenseur des droits, dont certaines concernent des groupes de personnes.

Axelle Marquise, elle, a porté plainte contre X pour « violence aggravée avec menace ou usage d’une arme ». Elle n’est pas retournée manifester depuis sa blessure : « J’ai pensé accompagner mon compagnon la semaine dernière, mais je n’en ai pas dormi de la nuit. Je me suis vue prendre à nouveau un tir de LBD dans la tête et perdre un œil ou être défigurée à vie. » En revanche, elle se dit prête à répondre à l’appel du collectif des Mutilés pour l’exemple, pour des rassemblements le 2 février devant les commissariats et gendarmeries, avec des manifestants couverts de bandages demandant l’interdiction des armes de force intermédiaire. « Je ne sais pas si on obtiendra cette interdiction. De plus en plus de personnes ont conscience que ces armes peuvent mutiler et même tuer. Mais en même temps, je crains que le gouvernement trouve encore des excuses, en prétendant que les manifestants sont violents, qu’ils n’avaient pas à être là, comme l’a insinué Castaner en disant que ceux qui iraient manifester se rendraient complices des violences. »

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Portrait de M. Castaner, ministre de l’Intérieur, réalisé à partir de photos de victimes des actes des forces de l’ordre depuis le 17 novembre 2018.

Le courriel du ministère de l’Intérieur n’est pas très encourageant : « Il s’agit d’armes de défense qui sont utilisées par les forces de l’ordre en réponse à des violences, en situation de légitime défense et dont l’usage qui en est fait est proportionné. Les manifestations, à Paris et en province, la plupart non déclarée, ont été caractérisées par des actions particulièrement violentes, et une volonté affichée d’en découdre avec les forces de l’ordre », a-t-il laconiquement répondu à Reporterre.

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Philippe Martinez change de ton!!!

16 décembre 2018

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https://www.ouest-france.fr/societe/gilets-jaunes/cgt-philippe-martinez-change-de-ton-et-appelle-la-convergence-avec-les-gilets-jaunes-6129956

CGT. Philippe Martinez change de ton et appelle à la convergence avec les Gilets jaunes

Philippe Martinez, leader de la CGT, à Caen, en avril 2018.
Philippe Martinez, leader de la CGT, à Caen, en avril 2018. | ANTOINE SOUBIGOU – OUEST-FRANCE

Ouest-France

 

Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, qui avait jusqu’ici tenu à garder ses distances avec le mouvement des Gilets jaunes, a appelé ce vendredi 14 décembre à la « convergence » et à « généraliser les grèves partout ».

Après une certaine hésitation, il a fini par s’y résoudre. De longues semaines après le début du mouvement des Gilets jaunes, Philippe Martinez semble avoir changé d’avis à leur sujet. Alors que les manifestants se préparent à un « Acte V » ce samedi, le secrétaire général de la CGT a estimé ce vendredi 14 décembre sur BFMTV qu’il « faut des convergences » entre son syndicat et les Gilets jaunes. Un mouvement dont il se tenait pourtant à distance, expliquant qu’il y avait parmi eux « des éléments d’extrême-droite ».

Au début du mouvement, Philippe Martinez a d’abord estimé que les manifestants récupéraient en partie les mesures pour lesquelles se bat la CGT depuis longtemps. « Ça me fait plutôt rire que l’on vante les mérites des Gilets jaunes alors que nous, on se mobilise depuis plusieurs années et on est souvent critiqués », déclarait-il ainsi fin novembre. Mais il assurait aussi qu’il n’était pas question pour la CGT de « se mélanger avec n’importe qui », pointant du doigt des « éléments d’extrême-droite » parmi les Gilets jaunes et regrettant que « certains confondent revendications et immigration ».

« Ce sont des tracts de la CGT, ça »

Ce vendredi, le patron de la CGT a donc changé de ton vis-à-vis du mouvement populaire. Après avoir fustigé les annonces d’Emmanuel Macron en faveur du pouvoir d’achat, estimant qu’elles bénéficient surtout « au Medef » et qu’il faut « hausser le ton et ‘taper’ les grands patrons au porte-monnaie », Philippe Martinez a appelé à « multiplier les grèves » et les « généraliser » pour « mettre la pression ». Et il a appelé, pour ce faire, à une « convergence » avec les Gilets jaunes, ajoutant : « Quand je vois sur les barrages des appels à la hausse du Smic, au rétablissement de l’ISF… Ce sont des tracts de la CGT, ça. »

Il a toutefois précisé qu’il considérait encore que certains éléments parmi les Gilets jaunes ne correspondaient pas aux valeurs défendues par son syndicat. « C’est une minorité mais on entend des choses inacceptables notamment concernant les immigrés », a-t-il déclaré ce vendredi. Lors des premières manifestations des Gilets jaunes, certains d’entre eux avaient livré des migrants aux autorités dans la Somme, un événement à la suite duquel la CGT Douanes avait porté plainte, a rappelé le représentant syndical.

Communiqué de la CGT Ford

14 décembre 2018

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https://www.cgt-ford.com/

Contre la volonté de Ford, la bataille continue pour sauver l’usine et les emplois directs/indirects

 

Ford maintient donc sa décision de fermer l’usine. Nous avions un petit espoir mais un espoir quand même d’entendre l’inverse, Logiquement cette annonce nous a donné un gros coup sur la tête. La réaction immédiate a été pour nous salariés qui tenons à sauver nos emplois un sentiment de tristesse et d’écœurement. Quelques-uns d’entre nous ont craqué sur le moment. Mais les minutes passant, on a retrouvé la colère et même la hargne pour dénoncer la saloperie de Ford, pour dénoncer ce scandale, pour continuer la bataille.

Nous savons que l’Etat a dénoncé la trahison de Ford qui se moque de tout le monde. Ford veut fermer l’usine malgré ses milliards de dollars de profits, malgré tout l’argent public accaparé, c’est un premier scandale. Mais en plus, Ford refuse de vendre son usine, refuse même d’étudier un projet, le seul projet de reprise,  balançant d’un revers de mains, la seule chance de maintenir une activité pour préserver des centaines emplois directs et environ 2000 emplois induits dans la région. Ce que fait Ford c’est inadmissible, injuste, dégueulasse …

C’est pour cette raison que d’ores et déjà, l’équipe Cgt-Ford déclare qu’elle va continuer la bataille, avec détermination, avec colère, qu’elle va tout faire pour « embêter » Ford, pour entraver sa logique destructrice, pour empêcher la catastrophe. Car notre objectif reste de sauver nos emplois, de sauver les emplois induits, de sauver une activité sur l’usine. On veut changer la donne, on veut que Ford paye sa lâcheté, ses mensonges, ses entourloupes. On veut que Ford plie et finisse par accepter de laisser son usine, d’accepter une reprise.

Dans l’immédiat, nous cherchons les moyens de résister, de perturber la stratégie de Ford, nous étudierons avec les pouvoirs publics comment nous pouvons imposer une solution favorables socialement. Dès demain, nous aurons des réunions pour discuter de comment la bataille va prendre forme, avec les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les élus locaux comme avec les services de l’Etat, comment nous allons nous organiser et résister avec toutes celles et ceux qui tiennent à défendre jusqu’au bout tous les emplois.

Non, Ford n’en a pas encore fini avec nous.

La CGT Ford Blanquefort le jeudi 13 décembre 2018

Rien de concret camarade !!!

11 décembre 2018

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https://www.rtl.fr/actu/politique/gilets-jaunes-macron-n-a-pas-pris-la-mesure-de-la-gravite-estime-martinez-sur-rtl-7795674579?fbclid=IwAR1mE5LtClnWp6wWGQ5HwcIY1nFCjZrkG2O8TdEel4vgP9o3I4myZPE66-o

Sanofi lance un nouveau plan d’économie mondial

8 décembre 2018

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https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/06/sanofi-lance-un-plan-d-economie-mondial_5393375_3234.html

Sanofi lance un nouveau plan d’économie mondial

En France, le laboratoire veut faire partir 750 personnes afin de « demeurer compétitif »

Par Denis Cosnard Publié le 06 décembre 2018 à 08h17 – Mis à jour le 06 décembre 2018 à 09h56

Temps deLecture 3 min.

Olivier Brandicourt, patron de Sanofi, à Paris, en mai.
Olivier Brandicourt, patron de Sanofi, à Paris, en mai. Charles Platiau / REUTERS

Olivier Brandicourt donne un nouveau tour de vis social chez Sanofi. En 2015, quelques mois après son arrivée, le patron du laboratoire avait annoncé un plan d’économie de 1,5 milliard d’euros sur trois ans, qui prévoyait la suppression de plus de 600 postes en France. Ce plan tout juste achevé, le champion français des médicaments a dévoilé, mercredi 5 décembre, un programme destiné à prendre le relais, avec le départ d’environ 750 personnes rien que dans l’Hexagone.

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Appelée Horizon 2020, cette initiative doit permettre à Sanofi de « demeurer compétitif » et de poursuivre son « retour à la croissance », se justifie M. Brandicourt dans un message interne. Ses contours demeurent toutefois très flous. L’objectif financier n’est pas affiché, ni le coût immédiat, ni le nombre total d’emplois touchés. Pour un projet destiné à améliorer les marges, « c’est bizarre que rien ne soit officiellement chiffré », commentait, mercredi, un analyste financier en attendant un communiqué… inexistant.

Seule précision : tous les grands pays dans lesquels le groupe dispose d’équipes centrales chargées de l’informatique, des ressources humaines, des questions juridiques, des finances, de l’audit, etc., seront concernés. Ce qui vise en particulier l’Allemagne et les Etats-Unis.

Sur la base du volontariat

En France, berceau du groupe, le plan prévoit de faire partir un peu moins de 20 % du personnel employé dans les « fonctions support ».Quelque 670 postes devraient être supprimés, et 80 autres transférés chez Cognizant, un prestataire informatique américain. L’ensemble des départs s’effectuera sur la base du volontariat, assure la direction. Le groupe compte simultanément recruter 250 personnes dans de nouveaux métiers comme l’analyse des données ou la bioproduction, mais ne semble pas en mesure de former ses salariés actuels pour qu’ils puissent tenir ces postes.

Les personnes dont les emplois disparaissent pourront partir dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective. Ce dispositif introduit par la réforme du droit du travail de 2017 permet de supprimer des emplois sans avoir à procéder à des licenciements ou à justifier d’un motif économique, sous réserve d’un accord avec les syndicats. Plus simple et rapide à mettre en œuvre que les plans sociaux classiques, il a déjà été utilisé dans des entreprises comme PSA, Dunlop, IBM et la Société générale. La direction de Sanofi pense que l’opération pourra intervenir dès le deuxième trimestre 2019. Les collaborateurs concernés auront ainsi « l’opportunité d’être accompagnés dans la réalisation d’un projet personnel ou de fin de carrière », souligne Guillaume Leroy, le président de la filiale française dans une note. « Certains salariés attendent cela pour partir », reconnaît une syndicaliste.

Thierry Bodin, de la CGT, se montre plus virulent. « Ces suppressions d’emploi n’ont aucune justification économique, peste-t-il. Il s’agit d’une pure stratégie financière. Pour atteindre une rentabilité maximale, on réduit l’emploi, sans jamais faire de plan d’économie sur ce qu’on verse aux actionnaires ! »

Une marge nette de 16 %

De fait, avec 4 milliards d’euros de bénéfice net engrangé en neuf mois, Sanofi affiche une marge nette de 16 % des ventes, de nature à faire pâlir bien des industriels. Quant aux actionnaires, ils sont choyés : la direction a décidé en avril de leur transférer 1,5 milliard d’euros au travers de rachats d’actions.

Mais, dans un secteur pharmaceutique où les investisseurs attendent des performances très élevées, celles de Sanofi demeurent un peu fragiles. Ces dernières années, le groupe a souffert de la perte d’exclusivité de son médicament vedette contre le diabète, l’insuline Lantus, et de baisses de prix des produits matures. Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires a fini par repartir, ce qui annonce, selon la direction, « une nouvelle période de croissance ». Cependant, « les marges restent sous pression, en raison du coût de lancement de plusieurs nouveautés », relève un analyste. « Il nous faut continuer d’améliorer notre niveau de performance », affirme M. Brandicourt.

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Malgré les suppressions d’emplois, Sanofi n’abandonne pas la France, promet le groupe. Pour preuve, 700 millions d’euros vont y être investis dans les usines en deux ans, soit 45 % de plus par an qu’au cours des cinq dernières années.

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