Derrière les beaux discours, Sanofi démantèle l’outil

8 juillet 2020

CGT Groupe

« Derrière les beaux discours, Sanofi démantèle l’outil »

Jean-Louis Peyren est à la coordination adjointe de la CGT Sanofi dénonce une succession de restructurations qui n’ont qu’un objectif : « La profitabilité du groupe ».

07/07/2020 | 16h41

 

La Marseillaise : Un millier d’emplois supprimés dans les 3 ans à venir et un patron France -Olivier Bogillot- qui dit que ce n’est pas un « plan social » mais une « nouvelle stratégie ». Comment abordez-vous les négociations qui vont s’ouvrir ce jeudi ?

Jean-Louis Peyren : Si c’est pour négocier un chèque et des conditions de départ, c’est non. S’il n’y a pas une arrivée pour un départ, on ne négociera pas. Mais vu que la volonté de Sanofi c’est dégraisser… Car c’est bien un plan social. Mais Macron est passé par là et avec ses ruptures conventionnelles collectives, les entreprises n’ont plus besoin de PSE pour dégraisser. Elles négocient avec les soi-disant partenaires sociaux des départs.

Qu’est-ce que cela dit après la crise du Covid et les nombreux discours sur un retourà la souveraineté et à une production locale ?

J-L. P. : On a l’impression qu’il y a surtout des discours. Les acteurs de la santé, le gouvernement, le chef de l’État essayent tous de profiter de cette crise du Covid pour briller. Sanofi nous annonce la relocalisation de la fabrication des principes actifs, le cœur du médicament. On se dit c’est super. Mais quand on creuse un peu on s’aperçoit que dans cette nouvelle entreprise qui se fait dans le cadre d’un projet appelé Pluton, Sanofi ne détiendra plus que 30% de cette société. Et que Sanofi va y intégrer 6 sites de production dans lesquels elle était jusque-là à 100%. Derrière le beau discours, Sanofi veut surtout se désengager de certains coûts et notamment ses coûts de production et va continuer, grâce à ce projet, à démanteler son outil industriel.

Des députés emmenés par Pierre Dharréville écrivent au Premier ministre pour demander à l’État d’agir pour que l’entreprise renonce. Qu’a fait le gouvernement jusqu’à présent ?

J-L. P. : Qu’a fait le gouvernement ? Mis à part distribuer allègrement des crédits d’impôts à Sanofi ? Rien d’autre. Quand il y a eu l’épisode sur Sanofi qui allait donner la primeur du vaccin aux États-Unis, Bruno Le Maire a crié et au final on a eu un discours d’Emmanuel Macron sur le site de Sanofi pour annoncer le financement d’un projet de 600 millions d’euros. On est dans la posture.

Quant à la démarche, on la soutient à 100%. On sait qu’on a besoin de nos députés et on espère bien que les 33 vont devenir, 50, 100… et qu’il y aura une vraie prise de conscience.

Ils plaident également pour un service public du médicament. Votre analyse sur le sujet ?

J-L. P. : Elle est importante cette idée. Ce que Macron appelle l’indépendance et la souveraineté de la France ne peut que passer par un grand pôle public du médicament. Il n’est pas possible qu’elle passe par une grande entreprise du CAC40. Le seul moyen d’avoir de la souveraineté c’est de posséder le savoir-faire et de s’en servir. On a eu su le faire à une époque avec par exemple Rhône Poulenc, mais là on a du mal… On ne peut plus continuer à fonctionner avec des entreprises qui ne regardent que le profit. Une entreprise de santé doit servir la santé mais aujourd’hui c’est la santé qui sert à faire du profit. On a inversé la norme.

Sanofi a d’ailleurs versé 4 milliards de dividendes cette année ?

J-L. P. : Oui et c’est énorme. On a même du mal à voir ce que cela représente. Et bien, 4 milliards, c’est 40 années de dons au Téléthon. Ça laisse un goût aigre dans la bouche. Surtout quand on sait que l’entreprise a aussi touché 1,5 milliard d’euros en crédit d’impôt divers. On ne peut pas continuer comme cela. Il faut arrêter les beaux discours et passer aux actes. Les citoyens sont prêts. Ceux qui ne sont pas prêts, ils sont au gouvernement. Il y a un vrai manque de courage politique face à ces entreprises. Les États tremblent devant elles.

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus